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Articles

par Hélène Lamoureux 29 juin 2026
On associe souvent la stimulation électrique neuromusculaire (SNME) à la phase postopératoire. Cependant, des preuves de plus en plus convaincantes indiquent que son utilisation précoce, avant l’intervention chirurgicale, peut contribuer significativement à la réadaptation des patients (Punnoose et al., 2023 ; Walls et al., 2010 ; Patanè et al., 2025). Cette évolution repose sur une idée simple : l'état musculaire dans lequel un patient entre en chirurgie influence directement sa capacité à récupérer par la suite (Gillis et al., 2022 ; Hiyama et al., 2026). En d'autres termes, une meilleure condition musculaire préopératoire est généralement associée à de meilleurs résultats fonctionnels postopératoires (Punnoose et al., 2023 ; Devasenapathy et al., 2019). Ce principe, parfois résumé par l'expression Better In, Better Out, est aujourd'hui soutenu par des données robustes dans plusieurs contextes orthopédiques (Gillis et al., 2022 ; Jørgensen et al., 2024). La force musculaire préopératoire : un facteur pronostique modifiable Parmi les nombreux facteurs susceptibles d'influencer la récupération après une chirurgie orthopédique, la force musculaire préopératoire se distingue par deux caractéristiques importantes : elle est fortement associée aux résultats postopératoires (Devasenapathy et al., 2019 ; Takamura et al., 2024 ; Hiyama et al., 2026) et elle peut être améliorée avant l'intervention. (Punnoose et al., 2023 ; Walls et al., 2010) Arthroplastie totale du genou Chez les personnes qui subissent une arthroplastie totale du genou, la force du quadriceps avant l'opération est l'un des meilleurs prédicteurs de la récupération fonctionnelle ultérieure (Devasenapathy et al., 2019; Hiyama et al., 2026). Les patients présentant une meilleure force musculaire avant la chirurgie ont davantage de chances d'atteindre des niveaux satisfaisants de fonction et de mobilité après l'intervention. Certaines études ont même identifié des seuils de force permettant de prédire la capacité de marche à six mois postopératoires (Takamura et al., 2024). Plus récemment, Hiyama et ses collègues (2026) ont montré que les patients qui retrouvent une force du quadriceps comparable aux valeurs normatives rapportent une meilleure satisfaction et de meilleurs résultats fonctionnels un an après leur chirurgie. Reconstruction du ligament croisé antérieur La même tendance est observée après une reconstruction du ligament croisé antérieur. Un déficit préopératoire important de force du quadriceps est associé à une moins bonne fonction du genou à un an (Kim et al., 2022). À l'inverse, les patients qui présentent une meilleure force musculaire avant l'intervention obtiennent généralement de meilleurs résultats fonctionnels postopératoires. Cette association est également appuyée par les conclusions d'une revue systématique récente (Qiu et al., 2020). Chirurgies de l'épaule À l'épaule, la force musculaire préopératoire joue également un rôle déterminant. Chez les patients qui subissent une arthroplastie anatomique ou inversée, la force en abduction et en rotation externe figure parmi les prédicteurs les plus puissants des résultats fonctionnels postopératoires (Hao et al., 2022a; Hao et al., 2022b). La force de préhension, souvent considérée comme un indicateur global de l'état musculaire et de la sarcopénie, s'avère également associée aux résultats postopératoires après arthroplastie de l'épaule (Lee et al., 2023). Plus récemment, des données suggèrent qu'elle pourrait aussi prédire la récupération fonctionnelle après réparation de la coiffe des rotateurs. La SNME : une occasion d'agir avant la chirurgie Si la force musculaire influence le pronostic postopératoire, la question devient alors évidente : peut-on améliorer ce facteur avant l'intervention? La SNME constitue une avenue particulièrement intéressante pour y parvenir, notamment chez les patients qui présentent de la douleur, une faiblesse importante ou des limitations fonctionnelles qui restreignent leur capacité à s'entraîner de façon conventionnelle. Dans une étude pilote réalisée auprès de patients en attente d'une arthroplastie totale du genou, un programme de SNME à domicile a permis d'augmenter la force du quadriceps d'environ 28 % avant la chirurgie (Walls et al., 2010). Ces gains se sont traduits par une récupération plus rapide de la force et de la fonction durant les semaines suivant l'intervention, tout en limitant l'atrophie musculaire postopératoire. Ces résultats s'inscrivent dans un ensemble de données plus large soutenant les bénéfices de la préhabilitation. Une méta-analyse publiée dans JAMA Network Open, regroupant 48 essais cliniques et plus de 3 500 participants, a démontré que les interventions réalisées avant la chirurgie améliorent significativement la force musculaire et la fonction préopératoires, avec des bénéfices qui se maintiennent durant les premières semaines de récupération postopératoire (Punnoose et al., 2023). Le rôle de la SNME après la chirurgie La NMES demeure toutefois un outil pertinent après l'intervention. Au cours des premières semaines postopératoires, plusieurs facteurs limitent la récupération musculaire : douleur, épanchement articulaire, immobilisation, inhibition musculaire réflexe et réduction de l'activité physique. Dans ce contexte, la SNME permet de solliciter efficacement le muscle malgré les limitations fonctionnelles présentes. Après une chirurgie du genou Après une arthroplastie ou une reconstruction ligamentaire, la perte rapide de force du quadriceps représente un défi clinique majeur. L'utilisation précoce de la NMES peut contribuer à atténuer cette perte et favoriser une récupération fonctionnelle plus rapide, particulièrement lorsque l'activation volontaire demeure insuffisante. Après une chirurgie de l'épaule Bien que les données sur la SNME préopératoire à l'épaule soient encore limitées, les résultats postopératoires sont prometteurs. Des études récentes démontrent que la SNME peut réduire l'atrophie du deltoïde après une réparation de la coiffe des rotateurs et accélérer la récupération de la force en abduction (Yoon et al., 2026). D'autres travaux ont également observé une amélioration précoce de la force en rotation externe lorsque la SNME est appliquée à l'infraépineux durant les premières phases de réadaptation (Reinold et al., 2008). La sarcopénie : un facteur souvent sous-estimé Au-delà de la force musculaire, la quantité de masse musculaire disponible avant la chirurgie semble également influencer les résultats. Une méta-analyse regroupant plus de 14 000 patients a montré qu'une faible masse musculaire préopératoire est associée à une augmentation significative du risque de complications postopératoires majeures et de mortalité à court terme (Weerink et al., 2020). En arthroplastie du genou, une faible masse musculaire a également été identifiée comme un facteur de risque indépendant de transfusion postopératoire (Hwang et al., 2022). Ces observations rappellent que la préparation préopératoire ne vise pas uniquement à améliorer la fonction. Elle peut également contribuer à réduire certains risques associés à l'intervention chirurgicale. Ce qu'il faut retenir Les données actuelles convergent vers un même constat : la condition musculaire préopératoire influence directement la récupération après une chirurgie orthopédique. Pour les professionnels de la réadaptation, cela représente une occasion importante d'agir avant même que l'intervention n'ait lieu. La SNME apparaît comme une stratégie particulièrement intéressante pour optimiser un facteur pronostique modifiable, surtout lorsque la douleur ou les limitations fonctionnelles compromettent la capacité du patient à réaliser un entraînement musculaire suffisamment intense. Dans cette perspective, la période précédant la chirurgie ne devrait plus être considérée comme une simple attente. Elle constitue plutôt une fenêtre thérapeutique où il est possible d'améliorer la réserve musculaire du patient, de favoriser sa récupération future et, ultimement, d'optimiser ses résultats fonctionnels. Parce qu'en réadaptation orthopédique, la récupération commence souvent bien avant l'entrée en salle d'opération. Bodkin, S. G., Norte, G. E., & Hart, J. M. (2019). Corticospinal excitability can discriminate quadriceps strength indicative of knee function after ACL-reconstruction. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 29(5), 716–724. Devasenapathy, N., Maddison, R., Malhotra, R., Zodepy, S., & Sharma, S. (2019). Preoperative quadriceps muscle strength and functional ability predict performance-based outcomes 6 months after total knee arthroplasty: A systematic review. Physical Therapy, 99(1), 46–61. Gillis, C., Ljungqvist, O., & Carli, F. (2022). Prehabilitation, enhanced recovery after surgery, or both? A narrative review. British Journal of Anaesthesia, 128(3), 434–448. Hao, K. A., Wright, T. W., Schoch, B. S., Struk, A. M., King, J. J., & Farmer, K. W. (2022a). Association between preoperative shoulder strength and clinical outcomes after primary reverse total shoulder arthroplasty. Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons, 30(15), e1035–e1044. Hao, K. A., Wright, T. W., Dean, E. W., Struk, A. M., & King, J. J. (2022b). Preoperative shoulder strength is associated with postoperative primary anatomic total shoulder arthroplasty outcomes and improvement. Journal of Shoulder and Elbow Surgery, 31(8), 1648–1656. Hauger, A. V., Reiman, M. P., Bjordal, J. M., Sheets, C., Ledbetter, L., & Goode, A. P. (2018). Neuromuscular electrical stimulation is effective in strengthening the quadriceps muscle after anterior cruciate ligament surgery. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 26(2), 399–410. Hiyama, Y., Sawa, R., Yokoyama, M., & Ishii, Y. (2026). Achieving normative quadriceps strength after total knee arthroplasty: Associations with satisfaction, function, and a predictive nomogram. The Bone & Joint Journal, 108-B(1), 45–52. Hwang, D., Han, H. S., Lee, M. C., & Ro, D. H. (2022). Low muscle mass is an independent risk factor for postoperative blood transfusion in total knee arthroplasty: A retrospective, propensity score-matched cohort study. BMC Geriatrics, 22(1), Article 137. Jenssen, K. K., Lundgreen, K., Madsen, J. E., Kvakestad, R., & Dimmen, S. (2018). Prognostic factors for functional outcome after rotator cuff repair: A prospective cohort study with 2-year follow-up. The American Journal of Sports Medicine, 46(14), 3504–3510. Jørgensen, S. L., Aagaard, P., Bohn, M. B., Mikkelsen, L. R., & Mechlenburg, I. (2024). The effect of blood flow restriction exercise prior to total knee arthroplasty on postoperative physical function, lower limb strength and patient-reported outcomes: A randomized controlled trial. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 34(1), e14516. Kim, D. K., Park, G., Wang, J. H., Kuo, L. T., & Park, W. H. (2022). Preoperative quadriceps muscle strength deficit severity predicts knee function one year after anterior cruciate ligament reconstruction. Scientific Reports, 12(1), Article 11845. Lee, B. G., Lee, D., & Koh, J. H. (2023). Relationship between the preoperative grip strength and postoperative shoulder strength of patients treated via reverse shoulder arthroplasty. 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BMC Musculoskeletal Disorders, 11, 119.
par Hélène Lamoureux 20 mai 2026
Une douleur au dos, au cou, à l’épaule ou au genou est très fréquente. Dans la majorité des cas, la douleur s’améliore avec le temps. Mais parfois, elle peut durer plusieurs mois et devenir chronique. La bonne nouvelle, c’est qu’il est souvent possible d’agir tôt pour réduire ce risque. Pourquoi certaines douleurs deviennent-elles chroniques ? La douleur ne dépend pas seulement d’une blessure ou d’un problème physique. Plusieurs facteurs peuvent influencer la récupération, notamment : 1. l’intensité de la douleur au départ; 2. le stress et l’anxiété; 3. la peur de bouger; 4. un mauvais sommeil; 5. la fatigue; 6. le manque de soutien autour de soi; 7. certaines difficultés au travail ou dans la vie quotidienne. Tous ces éléments peuvent avoir un impact sur la façon dont le corps et le cerveau réagissent à la douleur. Une douleur intense au départ : un signal important Lorsqu’une douleur reste très intense pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, cela peut être un signe qu’il faut intervenir plus rapidement. Cela ne veut pas dire que la situation est grave ou qu’elle deviendra permanente. Mais cela indique qu’un meilleur accompagnement pourrait être utile pour éviter que la douleur s’installe. La douleur chronique s’installe progressivement La douleur chronique n’apparaît pas du jour au lendemain. Avec le temps, le système nerveux peut devenir plus sensible. Le cerveau et les nerfs réagissent alors plus fortement aux signaux de douleur, même lorsque les tissus commencent à guérir. C’est pourquoi les premières semaines sont importantes. Plus on agit tôt, meilleures sont les chances de récupération. Certains facteurs peuvent ralentir la guérison Quand on a mal, il est normal : · d’avoir peur de bouger; · d’éviter certaines activités; · de se sentir découragé; · d’être stressé ou inquiet. Ces réactions sont fréquentes. Cependant, lorsqu’elles persistent longtemps, elles peuvent rendre la récupération plus difficile. Les professionnels de la santé appellent parfois ces facteurs des « drapeaux jaunes ». Des outils simples pour mieux vous aider Il existe aujourd’hui de courts questionnaires qui permettent aux professionnels de mieux comprendre le risque que la douleur persiste. Ces outils aident à offrir des soins adaptés aux besoins de chaque personne. Certaines personnes auront seulement besoin : · de conseils; · d’exercices simples; · et de réassurance. D’autres pourraient bénéficier : · d’un suivi plus rapproché; · d’un accompagnement plus global; · ou d’un soutien supplémentaire pour gérer la douleur. Que peut-on faire pour favoriser la récupération ? Continuer de bouger progressivement Le repos complet prolongé est rarement la meilleure solution. Bouger doucement et reprendre graduellement ses activités aide souvent à récupérer plus rapidement. L’important est d’avancer à son rythme. Comprendre la douleur Recevoir des explications claires et rassurantes peut aider à : · diminuer les inquiétudes; · réduire la peur du mouvement; · mieux gérer les symptômes. Comprendre la douleur permet souvent de reprendre confiance en son corps. Travailler aussi sur le stress et les émotions Le stress, l’anxiété et certaines pensées négatives peuvent amplifier la douleur. Dans certains cas, des approches comme : · la relaxation; · la gestion du stress; · ou un soutien psychologique peuvent aider à mieux récupérer. Ce qu’il faut retenir Une douleur persistante n’est pas une fatalité. Aujourd’hui, les professionnels de la santé disposent de meilleurs outils pour repérer les personnes plus à risque de développer une douleur chronique. Plus la prise en charge est adaptée tôt, meilleures sont les chances de récupération. Dépister tôt, c’est donner les meilleures chances d’éviter que la douleur s’installe durablement. Bibliographie Artus, M., Campbell, P., Mallen, C. D., Dunn, K. M., van der Windt, D. A. (2017). Generic prognostic factors for musculoskeletal pain in primary care: A systematic review. BMJ Open, 7(1), e012901. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2016-012901 Cohen, S. P., Vase, L., Hooten, W. M. (2021). Chronic pain: An update on burden, best practices, and new advances. The Lancet, 397(10289), 2082–2097. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(21)00393-7 Daoust, R., Paquet, J., Cournoyer, A., Piette, É., Morris, J., Bhatt, M., Bhéreur, A., Bhatt, M. (2020). Relationship between acute pain trajectories after an emergency department visit and chronic pain: A Canadian prospective cohort study. BMJ Open, 10(12), e040390. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2020-040390 Dowell, D., Ragan, K. R., Jones, C. M., Baldwin, G. T., Chou, R. (2022). CDC clinical practice guideline for prescribing opioids for pain — United States, 2022. MMWR Recommendations and Reports, 71(3), 1–95. https://doi.org/10.15585/mmwr.rr7103a1 Dunn, M., Rushton, A. B., Mistry, J., Soundy, A., Heneghan,
par Hélène Lamoureux 22 avril 2026
La douleur du travail est reconnue comme l’une des plus intenses expériences douloureuses vécues au cours de la vie (Zuarez-Easton et al., 2023). Même si l’analgésie péridurale est très efficace, elle ne convient pas à toutes les situations ni à toutes les préférences. On observe d’ailleurs une évolution claire des attentes. De plus en plus de femmes souhaitent vivre un accouchement où elles peuvent jouer un rôle actif et limiter les interventions médicales, lorsque cela est possible. Dans ce contexte, les lignes directrices de l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) rappellent que les méthodes non pharmacologiques ne sont associées à aucun effet indésirable pour la mère, le fœtus ou la progression du travail (Bryant Borders, 2019). Le TENS s’inscrit donc naturellement dans cette approche. Le TENS : une approche simple Le TENS utilise des courants électriques à faible intensité pour moduler la transmission de la douleur par le biais des mécanismes inhibiteurs du système nerveux central. Concrètement, il agit sur la perception de la douleur sans recourir à des agents pharmacologiques. En obstétrique, des dispositifs comme le TENS-EVA ont été développés spécifiquement pour la douleur du travail. Leur utilisation est simple et, surtout, ils permettent à la patiente de contrôler elle-même l’intensité de la stimulation, selon ses besoins. Des données probantes claires, avec des effets mesurables Les études récentes permettent de mieux comprendre l’impact du TENS en pratique clinique. Une méta-analyse publiée en 2025, incluant 51 essais contrôlés randomisés et plus de 10 000 participantes, montre une diminution moyenne d’environ 2 point sur 10 sur l’échelle visuelle analogique de douleur chez les femmes qui utilisent le TENS, comparativement aux groupes témoins (Hu et al., 2025). Par ailleurs, environ 52 % des patientes rapportent un soulagement significatif de la douleur. Ces résultats vont dans le même sens qu’une revue systématique antérieure, qui montre également une amélioration significative du soulagement de la douleur avec le TENS (Thuvarakan et al., 2020). Un profil de sécurité rassurant Sur le plan de la sécurité, les résultats sont très cohérents d’une étude à l’autre. Les données ne montrent pas d’augmentation des effets indésirables chez la mère ou le nouveau-né (Hu et al., 2025 ; Michalska et al., 2025). De plus, l’utilisation du TENS n’est pas associée à une hausse des taux de césarienne, d’accouchement assisté ou d’autres interventions obstétricales (Dowswell et al., 2009 ; Michalska et al., 2025). Ces éléments sont importants, puisqu’ils indiquent que le TENS peut être intégré en pratique sans modifier le déroulement du travail ni ajouter de risque clinique. Une acceptabilité élevée chez les patientes Un autre point intéressant concerne l’expérience des patientes. Environ 63 % des femmes ayant utilisé le TENS indiquent qu’elles choisiraient de l’utiliser à nouveau lors d’un accouchement futur (Dowswell et al., 2009). Cette acceptabilité élevée s’explique en grande partie par le contrôle que permet l’appareil. Le fait de pouvoir ajuster soi-même l’intensité selon ses besoins contribue au sentiment d’autonomie, un élément clé dans l’expérience globale de l’accouchement. Quelle place pour le TENS dans les recommandations actuelles Les lignes directrices de l’American College of Obstetricians and Gynecologists reconnaissent que le TENS peut contribuer à la gestion de la douleur du travail, même si les effets observés sur les scores de douleur varient d’une étude à l’autre (Bryant Borders, 2019). De son côté, la revue Cochrane met davantage l’accent sur le choix de la patiente, en indiquant que les femmes devraient pouvoir utiliser le TENS à tout moment du travail, seul ou en complément d’autres méthodes (Dowswell et al., 2009). Cette position reflète bien l’évolution actuelle vers des soins plus personnalisés et adaptés aux préférences individuelles. Le TENS prend d’ailleurs tout son sens lorsqu’il est intégré à une approche combinée. Il peut être utilisé avec d’autres interventions, qu’elles soient pharmacologiques ou non pharmacologiques (Bryant Borders, 2019 ; Zuarez-Easton et al., 2023). Cette complémentarité permet d’ajuster la prise en charge en fonction des besoins de chaque patiente, sans rigidité. Ce que cela change concrètement en pratique Sur le terrain, l’intégration du TENS permet surtout d’élargir les options offertes. Cela devient particulièrement pertinent lorsque la péridurale n’est pas possible ou simplement non souhaitée. Il s’agit aussi d’un moyen de soutenir une approche moins interventionniste, en limitant le recours aux médicaments tout en préservant la mobilité et la participation active de la patiente pendant le travail. Les données suggèrent également que le TENS est plus efficace lorsqu’il est utilisé tôt dans le travail. Cela met en évidence l’importance d’en discuter dès la période prénatale, afin que les patientes puissent faire un choix éclairé et se sentir à l’aise avec son utilisation le moment venu. Conclusion Le TENS-EVA représente une option non pharmacologique pertinente, soutenue par des données probantes. Son effet sur la douleur est modeste, mais bien réel et observé de façon constante dans les études. À cela s’ajoutent un excellent profil de sécurité et une forte acceptabilité chez les patientes, deux éléments particulièrement importants en contexte obstétrical. Dans un contexte où la personnalisation des soins et le respect des préférences des patientes prennent de plus en plus de place, le TENS-EVA s’impose comme un outil intéressant à intégrer en pratique. Il permet d’élargir les options disponibles, tout en soutenant une approche centrée sur la patiente et adaptée à la réalité de chaque accouchement. Référence s: Bernard, A., Oyler, D. R., Anglen, J. O., Burd, R. S., Khatri, V., Levy, M. J., Petersen, S. R., Sliker, C. W., Winchell, R. J. (2020). Best practices guidelines for acute pain management in trauma patients. American College of Surgeons. https://www.facs.org/quality-programs/trauma/tqp/center-programs/vrc/resources/ Bryant, A. S., Borders, A. E. (2019). Approaches to limit intervention during labor and birth. ACOG Committee Opinion No. 766. American College of Obstetricians and Gynecologists. Obstetrics Gynecology, 133(2), e164-e173. Dowswell, T., Bedwell, C., Lavender, T., Neilson, J. P. (2009). Transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for pain relief in labour. Cochrane Database of Systematic Reviews, (2), CD007214. https://doi.org/10.1002/14651858.CD007214.pub2 Hu, Z. Y., Tang, J., Li, X. X., Zhang, Y., Wang, L., Chen, Y., Liu, Y., Wang, X. (2025). The efficacy and safety of transcutaneous electrical nerve stimulation for labor analgesia in the first stage of labor: A qualitative and quantitative analysis. Frontiers in Medicine, 13, 1730360. https://doi.org/10.3389/fmed.2026.1730360 Michalska, A., Blazuk-Fortak, A., Gladys-Jakubczyk, A., Wolder, D., Swiercz, G. (2025). The impact of transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) on the consecutive stages of labour and perinatal outcomes—A retrospective cohort study. Journal of Clinical Medicine, 14(10), 3445. https://doi.org/10.3390/jcm14103445 Thuvarakan, K., Zimmermann, H., Mikkelsen, M. K., Gazerani, P. (2020). Transcutaneous electrical nerve stimulation as a pain-relieving approach in labor pain: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Neuromodulation: Journal of the International Neuromodulation Society, 23(6), 732-746. https://doi.org/10.1111/ner.13221 Zuarez-Easton, S., Erez, O., Zafran, N., Carmeli, S., Garmi, G., Salim, R. (2023). Pharmacologic and nonpharmacologic options for pain relief during labor: An expert review. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 228(5S), S1246-S1259. https://doi.org/10.1016/j.ajog.2023.03.003
par Hélène Lamoureux 26 mars 2026
En clinique, l’intégration de nouvelles modalités doit répondre à une réalité concrète : contraintes de temps, adhésion du patient et objectifs fonctionnels. La stimulation neuromusculaire électrique, bien que largement étudiée, demeure parfois sous-utilisée ou appliquée de façon hétérogène. Une meilleure compréhension de ses indications permet d’en maximiser les retombées. 1 - Et si vous pouviez limiter la perte de force dès les premières semaines? Après une blessure majeure comme une reconstruction du ligament croisé antérieur, le défi ne se limite pas à la guérison des tissus. Le véritable enjeu réside dans la récupération fonctionnelle. Malgré une réadaptation bien conduite, plusieurs athlètes présentent une faiblesse persistante du quadriceps, une atrophie musculaire et une inhibition arthrogénique qui ralentissent leur progression. Dans ce contexte, une question clinique s’impose : comment optimiser les premières phases de réadaptation pour préserver la fonction musculaire et faciliter le retour au jeu? La stimulation neuromusculaire électrique apporte une réponse concrète à cet enjeu. 1.1 - Recruter ce que l’exercice seul n’active pas L’intérêt principal de la stimulation neuromusculaire électrique repose sur son mode d’action. Contrairement à la contraction volontaire, elle favorise le recrutement des fibres musculaires de type II, essentielles à la production de force et particulièrement vulnérables après une blessure. En présence d’inhibition arthrogénique, cette capacité devient déterminante. La stimulation permet alors de contourner les limites de l’activation volontaire et de maintenir un niveau suffisant de sollicitation musculaire. Elle ne remplace pas l’exercice thérapeutique, mais agit comme un amplificateur de ses effets. 1.2 - Des gains mesurables qui influencent le retour au sport Les données probantes sont convaincantes. Chez des joueurs de soccer professionnels ayant subi une reconstruction du ligament croisé antérieur, la stimulation neuromusculaire électrique a permis de restaurer de manière sécuritaire et efficace la masse et la force du quadriceps. Plus encore, à l’échelle cellulaire, une application précoce, amorcée peu après la blessure et maintenue jusqu’à trois semaines après la chirurgie, a réduit l’atrophie des fibres musculaires de type II et préservé la contractilité des fibres de type I. Un essai randomisé a également montré que l’ajout de la stimulation neuromusculaire électrique à des exercices précoces de type assis-debout, réalisés entre 15 et 60 jours après la chirurgie, améliore la force du quadriceps et réduit l’asymétrie de charge entre les membres inférieurs à 60 et 180 jours postopératoires. Ces résultats sont associés à un retour au sport plus rapide et plus sécuritaire. 2 - L’aspect motivationnel : un levier déterminant de la réadaptation Au-delà des bénéfices physiologiques, la stimulation neuromusculaire électrique présente un avantage psychologique souvent sous-estimé : le maintien de la motivation du patient tout au long du processus de réadaptation. 2.1 - Des résultats tangibles soutenant l’engagement Pour un athlète habitué à performer, les premières semaines postopératoires peuvent s’avérer particulièrement éprouvantes. La stimulation neuromusculaire électrique permet de provoquer des contractions musculaires significatives même lorsque l’activation volontaire est limitée par la douleur ou l’inhibition arthrogénique. Cette capacité à percevoir l’activation musculaire, ainsi qu’à observer des progrès mesurables, contribue à renforcer la confiance du patient et son adhésion au programme de réadaptation. La littérature indique que la motivation et la préparation psychologique constituent des déterminants majeurs du retour au sport. Des niveaux élevés de motivation, une bonne préparation psychologique et une faible crainte de récidive sont associés à une probabilité accrue de retrouver un niveau de participation comparable à celui d’avant la blessure. Dans cette perspective, l’efficacité de la stimulation neuromusculaire électrique repose également sur l’adhésion du patient et sur la pertinence de cette modalité pour son profil. Les patients motivés, pour lesquels cette approche est cohérente et significative, sont plus susceptibles d’en tirer des bénéfices optimaux. Les athlètes visant un retour au jeu à la fois rapide et sécuritaire constituent ainsi d’excellents candidats. L’intégration de cette modalité devrait s’inscrire dans une démarche de prise de décision partagée, tenant compte des objectifs, des préférences et du niveau d’engagement du patient. 2.2 - Comment intégrer efficacement la stimulation en clinique L’efficacité de la stimulation neuromusculaire électrique dépend de la manière dont elle est utilisée. Quatre principes guident son intégration. 1. Intervenir tôt Les premières semaines représentent une fenêtre critique. Une introduction précoce permet de limiter les pertes musculaires et de soutenir la récupération du quadriceps. 2. Superposer à l’exercice Les meilleurs résultats sont obtenus lorsque la stimulation est combinée à des exercices fonctionnels. La superposition avec des contractions volontaires, incluant des actions concentriques et excentriques, optimise les gains de force. 3. Adapter les paramètres Les paramètres doivent être ajustés selon les objectifs cliniques et le stade de réadaptation. Des fréquences modérées sont généralement utilisées pour le travail moteur, avec des ajustements en fonction des exigences fonctionnelles. 4. S’inscrire dans une stratégie globale de retour au jeu La stimulation neuromusculaire électrique prend toute sa valeur lorsqu’elle est intégrée dans une approche globale et structurée. Elle doit être combinée avec : · Une progression graduelle des charges · Des mesures objectives de performance · Une évaluation de la préparation psychologique · Une quantification du stress mécanique Cette cohérence entre les interventions permet d’optimiser la prise de décision clinique et de sécuriser le retour au sport. 3 - À retenir en pratique La stimulation neuromusculaire électrique constitue un levier pertinent pour agir précocement sur la fonction musculaire, soutenir l’engagement du patient et optimiser les trajectoires de récupération. Son efficacité repose toutefois sur une adéquation entre la modalité, les objectifs du patient et son niveau de motivation. Les athlètes engagés dans un processus de retour au jeu rapide et sécuritaire représentent des candidats particulièrement appropriés. Utilisée en complément de l’exercice thérapeutique et intégrée dans une approche structurée, elle devrait s’inscrire dans une démarche de prise de décision partagée, afin de favoriser l’adhésion et de maximiser les bénéfices cliniques à long terme. Références: Ardern, C. L., Taylor, N. F., Feller, J. A., & Webster, K. E. (2013). A systematic review of the psychological factors associated with returning to sport following injury. British Journal of Sports Medicine, 47(17), 1120-1126. https://doi.org/10.1136/bjsports-2012-091203 Babault, N., Cometti, C., Maffiuletti, N. A., & Deley, G. (2011). Does electrical stimulation enhance post-exercise performance recovery? European Journal of Applied Physiology, 111(10), 2501-2507. https://doi.org/10.1007/s00421-011-2117-7 Ekizos, A., & Santuz, A. (2023). "Biofeedback-based return to sport": Individualization through objective assessments. Frontiers in Physiology, 14, 1185556. https://doi.org/10.3389/fphys.2023.1185556 Gabbett, T. J. (2020). How much? How fast? How soon? Three simple concepts for progressing training loads to minimize injury risk and enhance performance. The Journal of Orthopaedic and Sports Physical Therapy, 50(10), 570-573. https://doi.org/10.2519/jospt.2020.9256 Herring, S. A., Putukian, M., Kibler, W. B., et al. (2024). Team physician consensus statement: Return to sport/return to play and the team physician: A team physician consensus statement—2023 update. Medicine and Science in Sports and Exercise, 56(5), 767-775. https://doi.org/10.1249/MSS.0000000000003371 Hickey, J. T., Timmins, R. G., Maniar, N., Williams, M. D., & Opar, D. A. (2017). Criteria for progressing rehabilitation and determining return-to-play clearance following hamstring strain injury: A systematic review. Sports Medicine, 47(7), 1375-1387. https://doi.org/10.1007/s40279-016-0667-x Labanca, L., Rocchi, J. E., Laudani, L., et al. (2018). Neuromuscular electrical stimulation superimposed on movement early after ACL surgery. Medicine and Science in Sports and Exercise, 50(3), 407-416. https://doi.org/10.1249/MSS.0000000000001462 Malone, J. K., Blake, C., & Caulfield, B. M. (2014). Neuromuscular electrical stimulation during recovery from exercise: A systematic review. Journal of Strength and Conditioning Research, 28(9), 2478-2506. https://doi.org/10.1519/JSC.0000000000000426 Menezes, M. A., Menezes, D. A., Vasconcelos, L. L., & DeSantana, J. M. (2022). Is electrical stimulation effective in preventing or treating delayed-onset muscle soreness (DOMS) in athletes and untrained adults? A systematic review with meta-analysis. The Journal of Pain, 23(12), 2013-2035. https://doi.org/10.1016/j.jpain.2022.05.004 Taradaj, J., Halski, T., Kucharzewski, M., et al. (2013). The effect of neuromuscular electrical stimulation on quadriceps strength and knee function in professional soccer players: Return to sport after ACL reconstruction. BioMed Research International, 2013, 802534. https://doi.org/10.1155/2013/802534 Taylor, T., West, D. J., Howatson, G., et al. (2015). The impact of neuromuscular electrical stimulation on recovery after intensive, muscle damaging, maximal speed training in professional team sports players. Journal of Science and Medicine in Sport, 18(3), 328-332. https://doi.org/10.1016/j.jsams.2014.04.004 Toth, M. J., Tourville, T. W., Voigt, T. B., et al. (2020). Utility of neuromuscular electrical stimulation to preserve quadriceps muscle fiber size and contractility after anterior cruciate ligament injuries and reconstruction: A randomized, sham-controlled, blinded trial. The American Journal of Sports Medicine, 48(10), 2429-2437. https://doi.org/10.1177/0363546520933622
par Hélène Lamoureux 27 février 2026
La douleur peut être inquiétante, surtout lorsqu’elle persiste. Pourtant, toutes les douleurs ne fonctionnent pas de la même façon. Comprendre la différence entre une douleur aiguë et une douleur chronique peut aider à mieux saisir ce qui se passe dans votre corps et à choisir les bonnes stratégies pour aller mieux. La douleur aiguë : un signal d’alarme normal La douleur aiguë est une réaction normale du corps lorsqu’il y a une blessure, comme une entorse, une fracture ou une brûlure. Elle agit un peu comme un système d’alarme : elle vous avertit qu’une partie de votre corps a besoin de protection et de temps pour guérir. En général : Elle est liée à une blessure précise. Elle diminue progressivement avec la guérison. Son évolution est souvent prévisible. Dans ce contexte, le but est de contrôler la douleur tout en laissant au corps le temps de se réparer. La douleur chronique : quand le système devient plus sensible On parle de douleur chronique lorsque la douleur persiste au-delà de trois mois, même si la blessure initiale est guérie ou en voie de l’être. Dans ce cas, ce n’est pas nécessairement qu’il y a encore un dommage. Le système nerveux peut simplement être devenu plus sensible. Les nerfs transmettent les signaux plus facilement et le cerveau peut amplifier ces messages. Cela signifie que la douleur est réelle et elle ne veut pas forcément dire qu’il y a encore une blessure active. Le corps est devenu plus « vigilant » ou plus sensible. Comprendre cela est important, car cela aide à diminuer la peur et à mieux orienter le traitement. Pourquoi contrôler la douleur tôt est important Même si la douleur aiguë est normale, une douleur très intense ou mal contrôlée ne devrait pas être ignorée. Une douleur très forte au départ peut augmenter le risque qu’elle persiste plus longtemps. Cela ne veut pas dire que cela va forcément arriver, mais cela souligne l’importance d’agir tôt pour réduire la douleur de façon sécuritaire. L’objectif n’est pas seulement d’être plus confortable maintenant, mais aussi de favoriser une meilleure récupération à long terme. En réadaptation, le but n’est pas seulement de soulager la douleur, mais aussi de vous donner des outils pour reprendre le contrôle. Médication Certaines crèmes ou gels anti-inflammatoires peuvent être utiles au début. Parfois, des comprimés oraux comme l’acétaminophène ou certains anti-inflammatoires peuvent aussi être recommandés, selon votre situation. Le pharmacien peut vous aider à comprendre comment les utiliser de façon sécuritaire et efficace. Les médicaments plus forts, comme les opioïdes, ne sont généralement pas priorisé en première intention, car ils comportent plus de risques. Votre médecin sera la meilleure ressource pour prescrire la meilleure médication en fonction de votre blessure. Cependant, la médication à elle seule ne peut pas toujours réduire la douleur à 100%. Modalités complémentaires Il existe aussi des options non médicamenteuses fréquemment utilisée en réadaptation. Par exemple, la neurostimulation électrique transcutanée, appelée TENS, est un appareil qui envoie de légères impulsions électriques à travers la peau. Des études montrent qu’il peut réduire la douleur à court terme, autant dans les douleurs aiguës que chroniques. Il peut être utilisé seul ou en complément d’autres traitements pharmacologiques ou non pharmacologiques. L’important, c’est de rester actif dans son processus de prise en charge de la douleur. En réadaptation, nous pouvons vous enseigner : Des stratégies simples pour gérer la douleur, comme la chaleur, le froid ou certaines techniques de respiration. Des exercices adaptés à votre stade de guérison. Une reprise graduelle des activités, avec des objectifs réalistes. Des explications claires sur la douleur pour diminuer la peur et l’inquiétude. Ces outils vous aident non seulement à diminuer la douleur, mais aussi à retrouver confiance en votre capacité à bouger et à fonctionner. Conclusion La douleur aiguë et la douleur chronique ne fonctionnent pas de la même façon, et elles ne se traitent pas exactement de la même manière. Dans tous les cas, votre douleur est prise au sérieux. L’objectif est de vous aider à comprendre ce qui se passe, à réduire l’intensité de vos symptômes et à vous redonner du contrôle. Avec une approche adaptée, graduelle et personnalisée, il est possible d’améliorer la situation et de favoriser une récupération durable. Références Cohen, S. P., Vase, L., & Hooten, W. M. (2021). Chronic pain : An update on burden, best practices, and new advances. Lancet, 397(10289), 2082‑2097. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(21)00393-7 Hsu, J. R., Mir, H., Wally, M. K., Seymour, R. B., & Orthopaedic Trauma Association Musculoskeletal Pain Task Force. (2019). Clinical Practice Guidelines for Pain Management in Acute Musculoskeletal Injury. Journal of Orthopaedic Trauma, 33(5), e158‑e182. https://doi.org/10.1097/BOT.0000000000001430 Johnson, M. I. (2021). Resolving Long-Standing Uncertainty about the Clinical Efficacy of Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation (TENS) to Relieve Pain : A Comprehensive Review of Factors Influencing Outcome. Medicina, 57(4), Article 4. https://doi.org/10.3390/medicina57040378 Johnson, M. I., Paley, C. A., Jones, G., Mulvey, M. R., & Wittkopf, P. G. (2022). Efficacy and safety of transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for acute and chronic pain in adults : A systematic review and meta-analysis of 381 studies (the meta-TENS study). BMJ Open, 12(2), e051073. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2021-051073 Nasir, A., Afridi, M., Afridi, O. K., Khan, M. A., Khan, A., Zhang, J., & Qian, B. (2025). The persistent pain enigma : Molecular drivers behind acute-to-chronic transition. Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 173, 106162. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2025.106162 Qaseem, A., McLean, R. M., O’Gurek, D., Batur, P., Lin, K., Kansagara, D. L., & for the Clinical Guidelines Committee of the American College of Physicians and the Commission on Health of the Public and Science of the American Academy of Family Physicians. (2020). Nonpharmacologic and Pharmacologic Management of Acute Pain From Non–Low Back, Musculoskeletal Injuries in Adults : A Clinical Guideline From the American College of Physicians and American Academy of Family Physicians. Annals of Internal Medicine, 173(9), 739‑748. https://doi.org/10.7326/M19-3602 Terminology | International Association for the Study of Pain. (s. d.). International Association for the Study of Pain (IASP). Consulté 16 février 2026, à l’adresse https://www.iasp-pain.org/resources/terminology/ Treede, R.-D., Rief, W., Barke, A., Aziz, Q., Bennett, M. I., Benoliel, R., Cohen, M., Evers, S., Finnerup, N. B., First, M. B., Giamberardino, M. A., Kaasa, S., Korwisi, B., Kosek, E., Lavand’homme, P., Nicholas, M., Perrot, S., Scholz, J., Schug, S., … Wang, S.-J. (2019). Chronic pain as a symptom or a disease : The IASP Classification of Chronic Pain for the International Classification of Diseases (ICD-11). Pain, 160(1), 19‑27. https://doi.org/10.1097/j.pain.0000000000001384 VA/DoD, T. L. G. (s. d.). VA/DoD Clinical Practice Guideline for the Use of Opioids in the Management of Chronic Pain. Vase, L., Wager, T. D., & Eccleston, C. (2025). Opportunities for chronic pain self-management : Core psychological principles and neurobiological underpinnings. Lancet, 405(10491), 1781‑1790. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(25)00404-0
par Hélène Lamoureux 14 janvier 2026
Une option de première ligne simple, sécuritaire et fondée sur les données probantes La souffrance liée aux menstruations, communément appelée « dysménorrhée primaire », est l’une des causes les plus courantes de douleur dans la région pelvienne chez les adolescentes et les femmes en âge de procréer. Elle se manifeste par des douleurs semblables à celles des menstruations et peuvent persister de plusieurs heures à quelques jours au début des menstruations. Bien qu’elle soit souvent perçue comme un phénomène physiologique normal, la dysménorrhée primaire est associée à des répercussions fonctionnelles importantes, incluant une diminution de la participation aux activités quotidiennes, une baisse de la productivité au travail, absentéisme à l’école et une altération de la qualité de vie (Arik et coll., 2022; González-Mena et coll., 2024). En ce qui concerne le traitement médicamenteux de la dysménorrhée primaire, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les traitements hormonaux sont encore très répandus. Cependant, plusieurs chercheurs mettent en évidence des préoccupations quant à l’efficacité optimale de ces médicaments en raison de leurs effets secondaires potentiels ou de certaines contre-indications chez certaines patientes (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020 ; Han et coll., 2024). Ces limites médicales alimentent l’engouement pour des approches non pharmacologiques, abordables et sûres, dont la stimulation électrique transcutanée des nerfs, également connue sous le nom de TENS, gagne progressivement en notoriété. Le TENS comme option de première ligne en dysménorrhée primaire Le TENS est une modalité non invasive qui consiste à appliquer des courants électriques de faible intensité à travers des électrodes placées sur la peau, généralement au niveau abdominal ou lombaire. Cette intervention se distingue par sa simplicité d’utilisation, son faible coût et sa possibilité d’autoadministration, permettant aux patientes de poursuivre leurs activités quotidiennes pendant les épisodes douloureux (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020). Les données probantes actuelles soutiennent l’efficacité du TENS dans la réduction de la douleur associée à la dysménorrhée primaire. Une analyse de la littérature a révélé que le TENS est plus efficace qu’un placebo pour soulager la douleur menstruelle (Arik et coll., 2022). Cette méta-analyse a compilé les résultats de plusieurs essais contrôlés randomisés. Selon la dernière revue systématique Cochrane, le TENS, que ce soit à haute ou à basse fréquence, pourrait diminuer la douleur par rapport à un placebo ou à l’absence de traitement, mais avec un niveau de confiance modéré en raison de certaines limites méthodologiques (Han et coll., 2024). Outre la réduction de la douleur, certaines recherches ont mis en évidence une baisse de la consommation d’analgésiques et une amélioration de la capacité à poursuivre les activités quotidiennes pendant les règles. Ces résultats sont importants pour la gestion globale de la dysménorrhée primaire (Camilo et coll., 2023 ; Han et coll., 2024). Mécanismes d’action du TENS dans la douleur menstruelle La dysménorrhée primaire est principalement causée par une production excessive de prostaglandines, entraînant une hypercontractilité utérine, une vasoconstriction locale et une ischémie transitoire du myomètre. Ces mécanismes contribuent à l’apparition de crampes douloureuses et à l’accroissement de la sensibilité à la douleur pendant les menstruations (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020 ; González-Mena et coll., 2024). Le TENS agit sur la douleur menstruelle par plusieurs mécanismes complémentaires. Selon la théorie du portillon, la stimulation des fibres afférentes de gros calibre inhibe la transmission des influx nociceptifs au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière, réduisant ainsi la perception de la douleur (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020). Par ailleurs, le TENS favorise la libération d’opioïdes endogènes, tels que les endorphines et les enképhalines, contribuant à une modulation centrale de la douleur (Han et coll., 2024). On a également émis l’hypothèse que le TENS pourrait entraîner des effets bénéfiques indirects, tels qu’une augmentation de la circulation locale et une diminution de l’ischémie utérine. Ces mécanismes sont en accord avec la physiopathologie de la dysménorrhée primaire, ce qui renforce l’intérêt du TENS en tant qu’approche visant spécifiquement les mécanismes sous-jacents à la douleur menstruelle (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020). Sécurité du TENS La sécurité d’emploi du TENS est bien documentée dans la littérature. Les études cliniques ainsi que les synthèses exhaustives révèlent un faible nombre d’effets secondaires, qui sont habituellement bénins et temporaires, tels qu’une légère rougeur cutanée au niveau des électrodes (Han et coll., 2024). Aucune complication grave n’a été rapportée lorsque les contre-indications usuelles sont respectées. Le caractère non pharmacologique du TENS représente un avantage clinique majeur, en particulier chez les patientes qui tolèrent mal les traitements médicamenteux ou qui désirent limiter leur consommation d’analgésiques. De plus, le TENS peut être utilisé en toute sécurité tout au long des cycles menstruels, sans craindre de développer une dépendance ou de subir des interactions médicamenteuses connues (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020). Normaliser l’utilisation du TENS Bien que des preuves de plus en plus solides soient disponibles, le TENS est encore sous-utilisé dans le traitement de la dysménorrhée primaire. Cette situation est en partie due à la banalisation persistante de la douleur menstruelle et à la priorité historique accordée aux approches pharmacologiques. Normaliser l’utilisation du TENS implique de reconnaître la dysménorrhée primaire comme une condition douloureuse légitime nécessitant des stratégies de gestion de douleur adaptées, accessibles et centrées sur la patiente. Pour les professionnels de la santé, intégrer le TENS comme option de première ligne permet d’offrir une intervention favorisant l’autonomie, le maintien des activités et une approche multimodale de la douleur. Le TENS peut être proposé seul ou en combinaison avec d’autres interventions non pharmacologiques, comme l’exercice thérapeutique, la thermothérapie ou l’éducation à la douleur, dans une perspective de soins individualisés et fondés sur les données probantes (González-Mena et coll., 2024 ; Mendes et al., 2024). Conclusion Le TENS représente une option de gestion de la douleur simple, sécuritaire et efficace pour la dysménorrhée primaire. Les données actuelles suggèrent qu’il serait bénéfique de commencer à l’utiliser dès le début des symptômes, surtout chez les femmes qui cherchent à poursuivre leurs activités quotidiennes tout en minimisant leur dépendance aux médicaments. En normalisant son usage les professionnels de la santé disposent d’un outil concret pour améliorer la prise en charge de la douleur menstruelle et contribuer à une meilleure qualité de vie des personnes concernées. Références Arik, M. I., Kiloatar, H., Aslan, B., & Icelli, M. (2022). The effect of TENS for pain relief in women with primary dysmenorrhea: A systematic review and meta-analysis. Explore, 18(2), 108–113. https://doi.org/10.1016/j.explore.2020.08.005 Camilo, F. M., Bossini, P. S., Driusso, P., Ávila, M. A., Parizotto, N. A., Sousa, U. R., & Ramos, R. R. (2023). The effects of electrode placement on analgesia using transcutaneous electrical nerve stimulation for primary dysmenorrhea: A single-blind randomized controlled clinical trial. Cureus, 15(5), e39326. https://doi.org/10.7759/cureus.39326 Elboim-Gabyzon, M., & Kalichman, L. (2020). Transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for primary dysmenorrhea: An overview. International Journal of Women’s Health, 12, 1–10. https://doi.org/10.2147/IJWH.S220523 González-Mena, Á., Leirós-Rodríguez, R., & Hernández-Lucas, P. (2024). Treatment of women with primary dysmenorrhea with manual therapy and electrotherapy techniques: A systematic review and meta-analysis. Physical Therapy. https://doi.org/10.1093/ptj/pzae019 Han, S., Park, K. S., Lee, H., Kim, E., Zhu, X., Lee, J. M., & Suh, H. S. (2024). Transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for pain control in women with primary dysmenorrhoea. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2024(7), CD013331. https://doi.org/10.1002/14651858.CD013331.pub2 Mendes, C. F., Oliveira, L. S., Garcez, P. A., Azevedo-Santos, I. F., & DeSantana, J. M. (2024). Effect of different electric stimulation modalities on pain and functionality of patients with pelvic pain: A systematic review with meta-analysis. Pain Practice. https://doi.org/10.1111/papr.13417
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Mon nom est Marie-Pierre Fournier. Je suis technologue en physiothérapie depuis huit ans et propriétaire d’une clinique depuis presque trois ans.