Incontinence urinaire et vessie hyperactive chez la femme d’âge mûr : quelle place pour l’électrothérapie ?

October 29, 2026

Les fuites urinaires et les symptômes de vessie hyperactive touchent de nombreuses femmes, particulièrement avec l’avancée en âge. Bien que fréquents, ces troubles ne doivent pas être considérés comme une conséquence inévitable du vieillissement ou de la ménopause.


Leurs répercussions dépassent souvent les symptômes urinaires : sommeil perturbé, appréhension des déplacements, réduction des activités physiques, limitations sociales et diminution de la qualité de vie. Certaines femmes adaptent même leurs activités en fonction de la proximité des toilettes ou renoncent à certaines occupations par crainte d'une fuite.


La rééducation pelvipérinéale, les interventions comportementales et l’adaptation des habitudes de vie occupent une place centrale dans la prise en charge. Toutefois, lorsque les symptômes persistent ou que certaines capacités musculaires sont difficiles à développer, l’électrothérapie peut-elle contribuer à soutenir la réadaptation, notamment à domicile, entre les séances de physiothérapie ?


Comprendre les différents troubles urinaires

L’incontinence urinaire regroupe plusieurs manifestations qui ne reposent pas nécessairement sur les mêmes mécanismes.


L’incontinence urinaire à l’effort se manifeste par des fuites lors d’une augmentation de la pression abdominale, par exemple en toussant, en soulevant une charge ou en pratiquant une activité physique. Elle peut être associée à une altération du soutien urétral ou des mécanismes de fermeture de l’urètre.


L’incontinence par urgenturie correspond à une fuite accompagnée d’un besoin soudain et difficile à différer. Elle est fréquemment associée à la vessie hyperactive, un syndrome caractérisé par l’urgenturie, généralement accompagnée d’une augmentation de la fréquence urinaire et de nycturie, avec ou sans fuite urinaire.


L’incontinence mixte combine les manifestations d’incontinence à l’effort et par urgenturie.

Chez les femmes d’âge mûr, les changements hormonaux, les antécédents obstétricaux, les modifications des tissus pelviens et certaines conditions médicales peuvent contribuer aux symptômes. Toutefois, une évaluation individualisée demeure essentielle pour identifier les mécanismes en cause et orienter les interventions.


Des traitements efficaces, mais  des besoins qui persistent parfois

L’entraînement des muscles du plancher pelvien constitue une intervention de première intention pour l’incontinence à l’effort et l’incontinence mixte. La rééducation vésicale et les interventions comportementales sont également recommandées pour les symptômes d’urgenturie [1, 2].

Cependant, certaines patientes éprouvent des difficultés à contracter correctement les muscles de leur plancher pelvien, tandis que d’autres continuent de présenter des symptômes malgré les interventions conservatrices.

La médication peut représenter une option pour la vessie hyperactive, mais elle n’est pas toujours souhaitée, bien tolérée ou suffisamment efficace. Les médicaments antimuscariniques peuvent notamment provoquer des effets indésirables, comme la sécheresse buccale et la constipation. Chez certaines femmes plus âgées, la charge anticholinergique et les comorbidités doivent également être prises en considération [2].

L’accès aux soins spécialisés peut par ailleurs nécessiter une période d’attente. Dans ce contexte, il devient pertinent d’explorer les stratégies non pharmacologiques pouvant accompagner la patiente dans son parcours de soins, sans retarder les investigations médicales nécessaires.


TENS, TTNS, PTNS et NMES : des mécanismes complémentaires

L’électrothérapie regroupe différentes approches dont les objectifs varient selon les structures stimulées.


La NMES (stimulation électrique neuromusculaire) vise à provoquer une contraction musculaire. En rééducation pelvipérinéale, elle peut contribuer à l’activation des muscles du plancher pelvien, particulièrement lorsqu’une patiente éprouve des difficultés à produire une contraction volontaire efficace. Elle peut ainsi compléter l’apprentissage et l’entraînement musculaire.


Le TENS (stimulation électrique transcutanée des nerfs) utilise des électrodes placées sur la peau pour stimuler des structures nerveuses. Selon les paramètres et le site d’application, il peut être employé à différentes fins, notamment la modulation de la douleur ou la neuromodulation.


Dans la prise en charge de la vessie hyperactive, deux techniques de stimulation du nerf tibial méritent d’être distinguées :

  • La TTNS (stimulation transcutanée du nerf tibial) utilise des électrodes de surface, généralement positionnées près de la cheville. Elle vise à moduler les circuits nerveux impliqués dans le contrôle vésical.
  • La PTNS (stimulation percutanée du nerf tibial) poursuit un objectif similaire, mais utilise une fine aiguille placée à proximité du nerf. Elle nécessite une intervention réalisée par un professionnel qualifié.

Ces approches de neuromodulation ne doivent pas être confondues avec la stimulation musculaire du plancher pelvien. Elles ne sont pas non plus nécessairement interchangeables sur le plan de leur efficacité clinique.


Que nous apprennent les données scientifiques?

Les études sur l’électrostimulation pelvipérinéale suggèrent des bénéfices possibles sur les fuites urinaires et certains indicateurs de qualité de vie, notamment chez les femmes présentant une incontinence à l’effort. Toutefois, les résultats demeurent variables selon les techniques et les protocoles étudiés [3, 4].


Pour la vessie hyperactive, des études récentes sur la TTNS rapportent des améliorations de l’urgenturie, de la fréquence urinaire et de certains épisodes d’incontinence [5, 6].


Une étude randomisée publiée en 2026, comparant la TTNS à la solifénacine chez 118 femmes, a notamment rapporté une amélioration des symptômes dans les deux groupes, avec des résultats favorables à la TTNS pour certains indicateurs [6].


Ces résultats sont encourageants, mais les protocoles optimaux, la durabilité des bénéfices et la place exacte de la TTNS dans le parcours thérapeutique demeurent à préciser. Les recommandations professionnelles ne sont d’ailleurs pas entièrement concordantes : l’AUA/SUFU reconnaît la TTNS parmi les options non invasives, tandis que NICE ne recommande pas son utilisation pour la vessie hyperactive [1, 2].


Poursuivre la réadaptation à domicile : l’intérêt de l’appareil EVA

La réadaptation pelvipérinéale ne se limite pas aux interventions réalisées en clinique. Entre les rendez-vous, la patiente poursuit les exercices, les stratégies de contrôle vésical et les adaptations recommandées par son physiothérapeute.

L’électrothérapie peut s’inscrire dans cette continuité lorsqu’un objectif thérapeutique précis le justifie.


L’appareil EVA, offert par SET, réunit les fonctions TENS et NMES dans un même dispositif. Il propose notamment des programmes destinés à l’incontinence à l’effort, à l’incontinence par urgenturie, à l’incontinence mixte et à la stimulation transcutanée du nerf tibial.

Cette polyvalence peut faciliter l’intégration de différentes stratégies d’électrothérapie à domicile, selon les besoins identifiés par le professionnel traitant. Elle ne signifie toutefois pas que toutes les patientes doivent utiliser les deux modalités.

L’utilisation à domicile nécessite une éducation appropriée, une vérification des précautions et des contre-indications, ainsi qu’un suivi de la réponse clinique. SET peut accompagner cet apprentissage en collaboration avec le physiothérapeute, afin que l’utilisation de l’appareil demeure cohérente avec le programme de réadaptation.


Un outil supplémentaire, et non un remplacement des soins

L’intérêt de l’électrothérapie ne repose pas uniquement sur sa capacité à produire une contraction musculaire ou à stimuler un nerf. Il dépend surtout de sa contribution aux objectifs de la patiente : réduire les fuites, mieux gérer les urgenturies, améliorer la tolérance aux activités ou retrouver davantage de liberté au quotidien.


La NMES et la TTNS peuvent offrir des possibilités complémentaires, particulièrement lorsque leur utilisation à domicile permet de poursuivre une intervention adaptée entre les séances de physiothérapie.


L’électrothérapie ne remplace ni l’évaluation clinique, ni l’entraînement musculaire, ni la rééducation vésicale ou l’adaptation des habitudes de vie.

Elle peut toutefois constituer un outil supplémentaire au service d’une prise en charge individualisée, visant à améliorer la fonction urinaire et la qualité de vie.


Références scientifiques

  1. National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Urinary incontinence and pelvic organ prolapse in women: management. Guideline NG123. 2019. https://www.nice.org.uk/guidance/ng123
  2. Cameron AP, et al. The AUA/SUFU Guideline on the Diagnosis and Treatment of Idiopathic Overactive Bladder. Journal of Urology. 2024;212:11–20. https://doi.org/10.1097/JU.0000000000003985
  3. Han X, et al. Efficacy and safety of electrical stimulation for stress urinary incontinence in women: a systematic review and meta-analysis. International Urogynecology Journal. 2022;33:789–799. https://doi.org/10.1007/s00192-021-04928-2
  4. Yu TY, et al. Comparison of nonimplantable electrical stimulation in women with urinary incontinence: a systematic review and network meta-analysis of randomized controlled trials. Scientific Reports. 2024;14:26957. https://doi.org/10.1038/s41598-024-78358-7
  5. Vaca-Benavides DA, et al. The importance of electrical parameters on transcutaneous tibial nerve stimulation for overactive bladder syndrome: a systematic review and meta-analysis. Age and Ageing. 2025;54. https://doi.org/10.1093/ageing/afaf203
  6. Safaie Yazdi MJ, et al. Comparative efficacy of transcutaneous tibial nerve stimulation (TTNS) versus solifenacin in female patients with overactive bladder. BMC Urology. 2026. https://doi.org/10.1186/s12894-026-02222-1

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