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Articles

TENS Electrodes
par H%C3%A9l%C3%A8ne Lamoureux 25 novembre 2025
Dans le contexte actuel où les approches non pharmacologiques prennent une place grandissante dans la gestion de la douleur, la stimulation électrique transcutanée des nerfs, mieux connue sous le nom de TENS, attire à nouveau l’attention. Malgré plus de cinquante ans de recherche, son efficacité clinique continue d’alimenter les débats. Pourtant, les données récentes montrent que cette modalité, lorsqu’elle est bien comprise et bien utilisée, peut réellement contribuer au soulagement de la douleur et à l’amélioration de la participation fonctionnelle. Pour le clinicien, comprendre les mécanismes du TENS et les facteurs qui influencent son efficacité permet d’accompagner plus justement le patient dans ses décisions et de favoriser l’adhésion au traitement. 1- De retour aux bases, le principe du portillon Le TENS s’appuie sur un principe connu depuis les années 1960 : la théorie du portillon, proposée par Melzack et Wall. Cette théorie a complètement changé notre façon de comprendre la douleur. On y apprend que la douleur n’est pas simplement un message envoyé du corps vers le cerveau, mais qu’elle passe d’abord par un véritable centre de tri situé dans la moelle épinière. Lorsqu’un courant électrique doux est appliqué sur la peau à l’aide du TENS, il stimule certaines fibres nerveuses spécialisées dans les sensations tactiles, celles qui transmettent le toucher ou la pression. Ces fibres, plus rapides que celles de la douleur, envoient des signaux qui viennent « fermer la porte » au passage des messages douloureux. Résultat : le cerveau reçoit moins d’informations liées à la douleur. La personne ressent alors un picotement ou une vibration agréable sous les électrodes. Cette sensation n’est pas anodine : elle correspond à l’activité de ces fibres qui bloquent temporairement le passage des influx douloureux vers le système nerveux central. Autrement dit, le TENS agit comme si l’on « frottait la douleur » de façon électrique, en réduisant sa transmission avant même qu’elle n’atteigne les zones du cerveau qui la perçoivent. 2- La libération d'endorphines L’action du TENS ne s’arrête pas à ce « portillon » de la moelle épinière. En plus de bloquer temporairement la transmission de la douleur, la stimulation électrique déclenche une réaction chimique dans le corps. En réponse au courant, le cerveau et la moelle épinière libèrent des substances naturelles qui soulagent la douleur, comme les endorphines et d’autres messagers analgésiques. Ces molécules sont parfois appelées les « morphines naturelles » du corps, car elles agissent sur les mêmes récepteurs que certains médicaments opioïdes, mais sans leurs effets indésirables. Les recherches de Vance et de son équipe ont montré que la façon dont le TENS agit dépend de la fréquence du courant. À basse fréquence, le TENS stimule surtout la production d’endorphines, ce qui favorise un effet apaisant, généralisé et plus durable. À haute fréquence, il agit davantage sur d’autres circuits nerveux du cerveau et de la moelle épinière qui servent à freiner la douleur de façon plus immédiate. En combinant ces deux types d’action, chimique et nerveuse, le TENS aide le système nerveux à reprendre le contrôle sur la douleur. C’est aussi ce qui explique que certaines personnes ressentent un soulagement qui se prolonge après la séance. 3- Comprendre les résultats variables de la littérature Les nombreuses études et revues systématiques sur le TENS aboutissent à des conclusions inégales, souvent parce qu’il existe d’importantes variations dans la façon d’appliquer la modalité. Il faut dire qu’il y a beaucoup de variables à contrôler : l’intensité, la fréquence, la durée, l’emplacement des électrodes, sans compter les caractéristiques individuelles de chaque patient. Ces différences expliquent en partie pourquoi certains essais montrent des effets marqués alors que d’autres demeurent non-concluent. Parmi tous ces paramètres, l’intensité du courant ressort comme le facteur le plus déterminant. Pour que le TENS soit efficace, la stimulation doit être suffisamment forte pour produire une sensation nette et diffuse, mais toujours confortable. Une intensité trop faible ne déclenche ni la fermeture du portillon spinal ni la libération d’endorphines endogènes. On recommande généralement d’ajuster le courant jusqu’à ce que le patient ressente un picotement soutenu, sans douleur, et de le réajuster dès que la sensation diminue. Avec le temps, il peut aussi s’installer une tolérance, un peu comme une adaptation du système nerveux au stimulus. Si la personne utilise toujours les mêmes réglages, l’effet analgésique peut s’atténuer. Varier la fréquence, la durée ou la position des électrodes permet souvent de raviver la réponse du système nerveux et de prolonger les bienfaits. Enfin, l’adhésion du patient joue un rôle central. Le TENS n’est pas une technique qu’on peut simplement prescrire et oublier : sa réussite dépend beaucoup de la compréhension et de l’engagement de la personne. Un patient bien formé, qui sait quand et comment utiliser son appareil, ajuste mieux la stimulation et obtient de meilleurs résultats. À l’inverse, un manque d’explication ou de suivi peut mener à un abandon rapide, souvent interprété à tort comme un échec du traitement. 4- Ce que disent les recherches récentes Les études publiées au cours des dernières années offrent une image plus claire de l’efficacité du TENS lorsqu’il est bien utilisé. Une méta-analyse réalisée par Johnson et ses collaborateurs en 2022 montre que le TENS réduit de façon significative la douleur dans plusieurs situations : douleur postopératoire, arthrose du genou, lombalgie chronique, neuropathie diabétique et fibromyalgie. Dans une autre étude menée auprès de femmes atteintes de fibromyalgie, Vance et son équipe ont observé un phénomène intéressant : les participantes qui ressentaient une amélioration de leur douleur ou de leur fatigue dès la première séance étaient aussi celles qui répondaient le mieux au traitement après plusieurs semaines. Autrement dit, la première expérience du TENS peut prédire la suite. Cette observation souligne l’importance du suivi clinique initial et de l’accompagnement du professionnel pour ajuster le traitement au besoin. Ces recherches confirment que le TENS fonctionne réellement, à condition d’être appliqué avec la bonne intensité, la bonne fréquence et le bon encadrement. 5- Le rôle du clinicien Même si le TENS est un outil que le patient peut utiliser lui-même, l’efficacité du traitement dépend largement du soutien et de la formation offerts par le professionnel de la santé. Le rôle du clinicien est d’abord d’évaluer si le TENS est approprié pour la situation du patient. Le clinicien joue aussi un rôle central dans la prise de décision partagée. Expliquer les bénéfices attendus, les limites et le fait que le soulagement peut être partiel ou temporaire aide le patient à développer des attentes réalistes. Ce dialogue ouvert renforce la confiance, soutient l’autonomie et augmente la probabilité d’une bonne adhésion à l’autogestion. Ensuite, le clinicien agit comme guide et éducateur. Il montre au patient où placer les électrodes, comment régler la fréquence et l’intensité, et à quel moment utiliser l’appareil pour en tirer le meilleur effet. En somme, le TENS est plus qu’un simple dispositif : c’est un outil qui prend toute sa valeur lorsqu’il s’inscrit dans une relation thérapeutique active et collaborative. 6- Un outil d'autonomie et de participation Lorsqu’il est bien intégré à une approche multimodale, le TENS offre au patient un moyen concret d’agir sur la douleur. Ce sentiment de contrôle constitue un facteur clé d’adaptation et de bien-être. L’usage du TENS ne remplace pas les interventions de fond comme l’exercice, la rééducation ou les approches psychologiques, mais il s’inscrit comme un complément qui soutient l’autonomie et la motivation à demeurer actif malgré la douleur. En aidant le patient à comprendre le fonctionnement de la modalité, à ajuster les paramètres et à en évaluer les bénéfices, le professionnel devient un partenaire essentiel dans la prise de décision partagée. Comprendre le TENS, c’est donc avant tout comprendre comment soutenir le patient dans son autonomie et dans le choix éclairé des stratégies qui lui permettront de mieux vivre avec la douleur. Références Travers, M. J., O’Connell, N. E., Tugwell, P., Eccleston, C., & Gibson, W. (2020). Transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for chronic pain: The opportunity to begin again. The Cochrane Database of Systematic Reviews, 2020(4), ED000139. https://doi.org/10.1002/14651858.ED000139 Johnson, M. I. (2021). Resolving long-standing uncertainty about the clinical efficacy of transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) to relieve pain: A comprehensive review of factors influencing outcome. Medicina, 57(4), 378. https://doi.org/10.3390/medicina57040378 Johnson, M. I., Paley, C. A., Jones, G., Mulvey, M. R., Wittkopf, P. G., & Eardley, W. J. (2022). Efficacy and safety of transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for acute and chronic pain in adults: A systematic review and meta-analysis of 381 studies (BMJ Open 2022;12:e051073). BMJ Open, 12(12), e051073. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2021-051073 Vance, C. G. T., Dailey, D. L., Chimenti, R. L., Van Gorp, B. J., Crofford, L. J., & Sluka, K. A. (2022). Using TENS for pain control: Update on the state of the evidence. Medicina, 58(10), 1332. https://doi.org/10.3390/medicina58101332 Vance, C. G. T., Zimmerman, M. B., Dailey, D. L., Rakel, B. A., Geasland, K. M., Chimenti, R. L., Williams, J. M., Golchha, M., Crofford, L. J., & Sluka, K. A. (2021). Reduction in movement-evoked pain and fatigue during initial 30-minute transcutaneous electrical nerve stimulation treatment predicts TENS responders in women with fibromyalgia. Pain, 162(5), 1545–1555. https://doi.org/10.1097/j.pain.0000000000002144 Vance, C. G. T., Dailey, D. L., Rakel, B. A., & Sluka, K. A. (2014). Using TENS for pain control: The state of the evidence. Pain Management, 4(3), 197–209. https://doi.org/10.2217/pmt.14.13
ergotherapie electrotherapie
par H%C3%A9l%C3%A8ne Lamoureux 21 octobre 2025
L’ergothérapie occupe une place essentielle dans la réadaptation des personnes vivant avec une blessure, une douleur chronique ou une limitation fonctionnelle. Son objectif dépasse la simple réadaptation de la capacité physique : il s’agit de permettre à la personne de reprendre un rôle actif et satisfaisant dans ses activités quotidiennes, domestiques, sociales et professionnelles. Pour y parvenir, l’ergothérapeute s’appuie sur une approche globale qui considère à la fois les dimensions physiques, cognitives et affectives de la santé (OEQ, 2024). Les recherches récentes soulignent l’importance de cette vision biopsychosociale de la douleur. Lagueux et al. (2018) ont montré que l’ergothérapie se distingue par son ancrage occupationnel, orienté vers l’engagement et la participation plutôt que la simple réduction des symptômes. Plus récemment, Bouchard et al. (2025) ont démontré que les ergothérapeutes contribuent activement au développement des compétences d’autogestion chez les personnes vivant avec de la douleur chronique, en les aidant à expérimenter, à se réguler et à intégrer des stratégies concrètes dans leur routine. Dans ce contexte, l’électrothérapie émerge comme un outil complémentaire intéressant. Bien qu’elle soit historiquement plus associée à la physiothérapie, son intégration progressive dans la pratique en ergothérapie permet de soutenir la gestion de la douleur, de favoriser la mobilisation et d’encourager l’autonomie du client. L’ergothérapie : Une approche centrée sur la globalité du client La pratique ergothérapique repose sur une compréhension intégrative de la santé et du fonctionnement humain. Les travaux de Lagueux et al. (2023) démontrent que les ergothérapeutes québécois adoptent une approche centrée sur l’occupation, combinant l’éducation, la réadaptation au travail, la conservation de l’énergie et la modification des activités pour soutenir la participation. Cette diversité d’interventions illustre la capacité d’adaptation de la profession face à la complexité de la douleur chronique. Ainsi, lorsqu’un ergothérapeute accompagne une personne blessée, il s’intéresse autant à l’impact physique qu’aux répercussions sur le moral, la motivation et la participation sociale. L’évaluation comprend souvent des éléments liés à la gestion du temps, à l’équilibre entre les rôles de vie, à la tolérance à l’effort et à la perception de la douleur. Cette vision holistique facilite l’intégration de moyens complémentaires, comme l’électrothérapie, dans la démarche de réadaptation. On vous explique ! L’électrothérapie au service de la mobilisation et de la reprise d’activité L’électrothérapie désigne l’utilisation de courants électriques à des fins thérapeutiques. La modalité la plus fréquemment utilisée est le TENS (stimulation électrique transcutanée). Cette modalité a pour principal objectif de réduire la douleur (Johnson et al., 2022). En effet, les données suggèrent que ses effets analgésiques à court terme sont comparables ou même supérieurs à ceux obtenus avec la médication de première intention (Arnold, 2020). En ergothérapie, l’électrothérapie peut être utilisée comme moyen de soutien à la mobilisation ou à la reprise d’activités fonctionnelles. Par exemple, elle peut aider un client à diminuer la douleur associée à un mouvement douloureux, à maintenir une posture de travail ou à réaliser un exercice sans dépasser ses limites. En diminuant la douleur, le TENS facilite la participation active et contribue à maintenir le niveau d’activité nécessaire à la progression des activités prescrites par l’ergothérapeute (Dailey et al., 2020). Cette modalité prend tout son sens lorsqu’elle est enseignée au client comme outil d’autogestion. En apprenant à l’utiliser de manière sécuritaire et adaptée, la personne devient plus autonome. Elle peut l’utiliser à domicile, ce qui aide à conserver les gains réalisés et à éviter les régressions liées à la douleur ou à l’inactivité. L’autonomie comme cible thérapeutique L’autonomie du client demeure au cœur de la pratique ergothérapique. Selon Bouchard et al. (2025), les ergothérapeutes favorisent l’autogestion de la douleur à travers des interventions expérientielles visant trois compétences clés : comprendre sa condition, utiliser efficacement les stratégies d’autogestion et se réguler pour maintenir la participation aux activités. L’électrothérapie fonctionnelle s’inscrit dans cette logique. Lorsqu’elle est bien encadrée, elle devient un prolongement du plan de traitement du professionnel de la santé. Elle encourage la personne à expérimenter, à observer ses réactions et à ajuster son utilisation en fonction de ses besoins. Cette responsabilisation favorise un meilleur engagement dans le processus thérapeutique et contribue à renforcer la confiance envers ses propres capacités. De plus, l’apprentissage de l’autogestion de la douleur à l’aide d’un outil concret comme le TENS peut avoir un effet positif sur la motivation. Le client se sent acteur de son mieux-être plutôt que spectateur de ses symptômes. Cette approche renforce la cohérence entre les différents aspects du traitement : exercices fonctionnels, gestion de l’énergie, stratégies cognitives et retour progressif aux activités significatives. La gestion de l’énergie : un pilier en ergothérapie La gestion de l’énergie permet de prévenir la fatigue, d’éviter les cycles de surmenage et de maintenir une participation constante. Lagueux et al. (2023) ont montré que la conservation d’énergie et l’hygiène posturale font partie des interventions les plus fréquemment utilisées par les ergothérapeutes au Québec. Ces approches favorisent une meilleure planification des activités et une réduction des exacerbations de la douleur. De nombreux clients vivant avec de la douleur ou une fatigue persistante ont tendance à alterner entre des périodes de suractivité et d’évitement. L’ergothérapeute les aide à identifier leurs signaux d’alerte précoces : douleur croissante, baisse de concentration, irritabilité ou fatigue. Cela permet d’ajuster leur rythme avant d’atteindre le seuil de décompensation. Des outils tels que l’échelle de perception de l’effort ou les journaux d’activités sont souvent utilisés pour quantifier et réguler la charge énergétique. Combinée à l’électrothérapie, cette approche permet d’améliorer la tolérance à l’effort. Par exemple, un client peut utiliser la stimulation avant ou après certaines tâches pour diminuer la douleur, ce qui lui permet de maintenir une activité plus constante et équilibrée. Inversement, il peut aussi utiliser la modalité pendant la tâche si celle-ci est associée à de la douleur ou une peur associée au mouvement. La gestion de l’énergie ne vise pas seulement à réduire la fatigue, mais à favoriser la conscience de soi, la planification et la capacité d’adaptation. Elle s’intègre parfaitement dans la philosophie ergothérapique centrée sur l’autonomie et la prévention des rechutes. La collaboration interdisciplinaire au service du client L’intégration de l’électrothérapie et d’autres modalités physiques doit se faire dans le cadre d’une collaboration interdisciplinaire, en cohérence avec le modèle de soins recommandé par l’OEQ et les lignes directrices de l’International Association for Study of Pain (IASP, 2025). Le travail interdisciplinaire favorise la cohérence des interventions et la sécurité du client. L’ergothérapeute peut ainsi s’assurer, en collaboration avec les professionnels de la physiothérapie, que la modalité est utilisée de manière appropriée, sans contre-indication, et qu’elle s’inscrit dans les objectifs globaux du plan de soins. Les rencontres d’équipe et les échanges cliniques permettent d’ajuster les interventions selon les progrès observés et d’harmoniser les messages transmis au client. Cette approche intégrée renforce la qualité du suivi. Elle permet d’éviter la duplication des interventions et d’assurer une continuité entre les aspects physiques, cognitifs et psychosociaux de la réadaptation. En somme, l’interdisciplinarité donne tout son sens à la notion de prise en charge globale. Vers une ergothérapie intégrative et proactive L’électrothérapie enrichit la palette d’outils disponibles de l’ergothérapeute pour soutenir le processus de réadaptation. Lorsqu’elle est utilisée de façon réfléchie, adaptée au profil du client et intégrée dans un plan de traitement collaboratif, elle peut contribuer de manière significative à la diminution de la douleur, à l’amélioration de la mobilité et au renforcement de la confiance en soi. L’approche intégrative qui combine électrothérapie, éducation, autogestion et collaboration interdisciplinaire correspond à la vision actuelle d’une ergothérapie proactive, orientée vers la santé durable et la participation. Elle s’aligne sur les orientations de l’Ordre des ergothérapeutes du Québec, qui promeut des pratiques basées sur les données probantes et centrées sur la personne. Finalement, l’électrothérapie se présente comme un moyen complémentaire pertinent dans une démarche thérapeutique globale. Utilisée judicieusement, elle soutient les principes fondamentaux de la profession : autonomie, occupation, collaboration et renforcement du pouvoir d’agir. Références Arnold, M. J. (2020). Management of Acute Pain from Non–Low Back Musculoskeletal Injuries : Guidelines from AAFP and ACP. American Family Physician, 102(11), 697‑698.  Bouchard, S., Choinière, M., Masse, J., Labourot, J., & Vachon, B. (s. d.). Empowering people living with chronic pain to use self-management strategies in their daily lives : Understanding occupational therapy practices. Disability and Rehabilitation, 0(0), 115. https://doi.org/10.1080/09638288.2025.2540069  Dailey, D. L., Vance, C. G. T., Rakel, B. A., Zimmerman, M. B., Embree, J., Merriwether, E. N., Geasland, K. M., Chimenti, R., Williams, J. M., Golchha, M., Crofford, L. J., & Sluka, K. A. (2020). Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation Reduces Movement‐Evoked Pain and Fatigue : A Randomized, Controlled Trial. Arthritis & Rheumatology, 72(5), 824‑836. https://doi.org/10.1002/art.41170  Johnson, M. I., Paley, C. A., Jones, G., Mulvey, M. R., & Wittkopf, P. G. (2022). Efficacy and safety of transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for acute and chronic pain in adults : A systematic review and meta-analysis of 381 studies (the meta-TENS study). BMJ Open, 12(2), e051073. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2021-051073 Lagueux, É., Dépelteau, A., & Masse, J. (2018). Occupational Therapy’s Unique Contribution to Chronic Pain Management : A Scoping Review. Pain Research & Management, 2018, 5378451. https://doi.org/10.1155/2018/5378451 Lagueux, É., Masse, J., Pagé, R., Marin, B., & Tousignant-Laflamme, Y. (2023). Management of Chronic Pain by Occupational Therapist : A Description of Practice Profile. Canadian Journal of Occupational Therapy. Revue Canadienne D’ergotherapie, 90(4), 384394. https://doi.org/10.1177/00084174231162709 Masse, J., Nielsen, S. S., Christensen, J. R., Skou, S. T., Côté, J., Saunders, S., Lagueux, É., Boulanger, A., Perez-Martinez, J., Lussier, M., & Pagé, M. G. (2023). Co-designing a Canadian adaptation of a lifestyle-oriented intervention aimed to improve daily functioning of individuals living with chronic pain : A multi-method study protocol of REVEAL(OT) Canada. Frontiers in Rehabilitation Sciences, 4, 1281680. https://doi.org/10.3389/fresc.2023.1281680 Qu’est-ce que l’ergothérapie? (s. d.). Ordre des ergothérapeutes du Québec. Consulté 21 octobre 2025, à l’adresse https://www.oeq.org/m-informer/qu-est-ce-que-l-ergotherapie.html Pain Treatment Services. (s. d.). International Association for the Study of Pain (IASP). Consulté 21 octobre 2025, à l’adresse https://www.iasp-pain.org/resources/guidelines/pain-treatment-services/
Blessures sportives
par Annie Bélanger 18 septembre 2025
Septembre 2025 marque le retour à l’école, mais aussi le début d’une nouvelle saison sportive. Que ce soit pour un camp d’entraînement, un marathon ou un triathlon, plusieurs se lancent à fond dans leurs objectifs. Le corps est alors sollicité au maximum… parfois au-delà de ses limites. Résultat : les blessures apparaissent. Pourquoi les blessures sportives surviennent ? La plupart du temps, elles sont liées à : Une augmentation trop rapide de l’intensité de l’entraînement. Un manque de récupération : sommeil insuffisant, absence de journées de repos, pas d’étirements. La surmotivation lors d’un défi ou d’un entraînement compétitif (marathon, XMan Race, crossfit, etc.). Les blessures les plus fréquentes Le genou Syndrome fémoro-patellaire : douleur autour de la rotule, fréquente chez les coureurs de longues distances. Ligament croisé antérieur (LCA) : survient lors de pivots brusques, changements de direction rapides, sauts ou arrêts soudains. Périostite tibiale : douleur à l’avant du tibia, souvent liée à une augmentation trop rapide des distances ou de l’effort. La cheville Tendinite du tendon d’Achille : fréquente chez les coureurs et les sportifs d’endurance (basketball, volleyball, soccer). Les muscles et les os Déchirures musculaires : apparaissent lors d’efforts intenses, de sprints ou d’exercices explosifs. Fractures de stress : causées par une surcharge répétée, souvent au tibia ou au pied. Le rôle de la biomécanique Les blessures ne sont pas uniquement dues à l’entraînement ou au dépassement de soi. Elles peuvent aussi être influencées par la biomécanique naturelle du corps : Pieds plats ou au contraire très cambrés. Muscles trop raides ou, à l’inverse, trop lâches. Mauvais alignement articulaire. Faiblesse de la chaîne musculaire (tronc, fessiers, stabilisateurs). Manque ou excès de mobilité. Les solutions : stimuler et renforcer le corps La bonne nouvelle ? Il existe des moyens efficaces pour prévenir ou mieux récupérer d’une blessure, notamment avec la stimulation musculaire et un entraînement ciblé : Renforcement musculaire : augmenter la force et l’endurance, corriger les instabilités en travaillant les bons muscles. Réapprentissage moteur : améliorer le contrôle musculaire et la stabilité des articulations. Optimisation des capacités : corriger les déséquilibres, avancer dans la réadaptation et développer le plein potentiel du corps. Le message à retenir : un corps bien préparé, équilibré et reposé est un corps qui performe mieux… et qui se blesse moins.
par Hélène Lamoureux 23 juillet 2025
L’été est synonyme de liberté, d’aventure et de projets en attente qui prennent enfin vie : randonnées, escapades en voiture, rénovations ou tout simplement plus de temps passé dehors à profiter du beau temps. Mais avec l’augmentation des activités vient souvent une charge physique inhabituelle. Entre les longues heures en voiture, les mouvements répétitifs ou les efforts intenses, le corps peut rapidement lancer un signal d’alerte : la douleur. Et lorsqu’elle apparaît, elle menace de gâcher nos plans tant attendus. Heureusement, il existe des solutions simples, efficaces et accessibles pour prendre soin de soi, dès les premiers signes d’inconfort. L’autosoin : votre meilleur allié pour un été actif L’autosoin, c’est l’art de se prendre en main. C’est reconnaître les signes que nous envoie notre corps et y répondre avec des actions concrètes, sans attendre que la situation s’aggrave. Et parmi les outils les plus efficaces et faciles à intégrer à votre quotidien : le TENS. Pourquoi choisir le TENS cet été? Le neurostimulateur TENS (stimulation électrique transcutanée) est une solution reconnue et recommandée dans la gestion de la douleur. Voici pourquoi il mérite une place dans vos bagages de vacances : Soulagement rapide et efficace : agit en quelques minutes pour offrir un soulagement pouvant durer entre 2 à 8 heures. 100 % naturel et sans médication : une alternative sécuritaire, sans effets secondaires. Discret et portable : se glisse sous les vêtements, vous accompagnant partout sans déranger vos activités. Préserve l’autonomie et la constance : permet de rester actif à votre rythme tout en respectant les besoins de votre corps. Complément aux soins professionnels : soutient les traitements reçus en physiothérapie ou en réadaptation. Polyvalent : efficace pour plusieurs types de douleurs — musculosquelettiques, discopathiques, posturales, etc. Facile à utiliser : aucune courbe d’apprentissage complexe, vous pouvez l’utiliser dès aujourd’hui, encadrer par des professionnels de la santé. Gestion proactive et personnalisée : un outil d’autosoins pour reprendre le pouvoir sur votre douleur. Profiter pleinement de l’été, c’est aussi écouter son corps La douleur ne devrait pas dicter vos journées. Avec les bons outils, il est possible de rester actif, de poursuivre vos projets et de profiter de vos vacances tout en prenant soin de votre bien-être physique. Besoin de conseils ou d’un accompagnement personnalisé? Nos experts sont là pour vous guider dans le choix et l’utilisation de l’appareil adapté à votre condition. Contactez-nous pour en savoir plus!
par Hélène Lamoureux 13 juin 2025
L’accouchement est une expérience intense, marquée par des douleurs souvent qualifiées d’extrêmes. Si les approches pharmacologiques comme la péridurale occupent une place centrale dans les protocoles actuels de soulagement, plusieurs femmes souhaitent explorer des alternatives non invasives, naturelles et compatibles avec une approche active de l’accouchement. La stimulation électrique transcutanée des nerfs (TENS) représente l’une de ces options, de plus en plus reconnue tant dans la littérature scientifique que dans les pratiques cliniques innovantes. Un retour documenté sur la scène obstétricale Le TENS n’est pas une technologie nouvelle. Introduite dans les années 1970 en contexte obstétrical, cette modalité d’électrothérapie repose sur l’application de courants électriques doux à travers la peau, à l’aide d’électrodes placées stratégiquement. L’objectif : moduler la transmission de la douleur en agissant sur les voies nerveuses, selon le principe de la théorie du portillon (Melzack & Wall, 1965). Plusieurs essais récents soutiennent son efficacité. Dans un essai randomisé de Njogu et al. (2021), les femmes ayant reçu un TENS en phase active du travail ont rapporté des scores de douleur significativement plus bas à tous les temps de mesure (30, 60, 120 minutes et 2–24 h après l’accouchement), comparativement au groupe témoin. L’étude souligne aussi une réduction de la durée de la phase active, sans effets secondaires notables pour la mère ou le bébé. Une méta-analyse de 26 essais contrôlés (Thuvarakan et al., 2020) a renforcé ces conclusions, rapportant une efficacité statistiquement significative du TENS pour la réduction de l’intensité de la douleur en travail. Malgré la qualité méthodologique hétérogène des études, la tendance générale est claire : le TENS contribue à atténuer la douleur perçue tout en augmentant le sentiment de satisfaction des patientes. Enfin, une revue intégrative menée par Günaydın et al. (2025) conclut également que le TENS est une approche prometteuse. Dans toutes les études analysées, les applications de TENS, avec des électrodes placées sur les dermatomes T10–L1 et S2–S4, ont permis une diminution significative de la douleur pendant le travail actif. Retour d'expérience terrain Au-delà des données, l’utilisation du TENS lors du travail et de l’accouchement prend son sens lorsqu’il est bien encadré. Comme le souligne Marie-Anne Gélinas, technologue en physiothérapie, le TENS est utilisé de manière optimale lorsqu’il est accompagné d’un enseignement personnalisé et d’un accompagnement. Le TENS devient alors un outil que l'on peut utiliser de manière autonome, facile à intégrer dans le plan de naissance. (Gélinas, 2025) La clé réside dans l’éducation préalable : apprendre à positionner les électrodes, ajuster l’intensité, utiliser la fonction “boost” avec la manette au moment des contractions. Ces gestes, simples en apparence, requièrent tout de même un accompagnement en amont. « Quand on est préparé, le TENS devient un réflexe, pas un casse-tête. Il s’intègre à la respiration, au mouvement, à la posture. Il soutient, sans envahir. » Un outil stratégique en début de travail et une continuité au suivi postnatal La phase latente du travail, souvent vécue à domicile, peut être longue et difficile à gérer. Le TENS s’avère particulièrement utile dans ce contexte. Il peut être appliqué dès les premières contractions, permettant de diminuer l’inconfort et parfois de retarder le recours à une analgésie pharmacologique plus lourde. Il permet aussi aux femmes de rester actives, mobiles, et maîtresses de leurs décisions. Le partenaire, la doula ou toute autre personne accompagnatrice peut être formée pour aider à l’installation et à l’ajustement du courant, rendant l’expérience plus collaborative. Le potentiel du TENS ne s’arrête pas à l’accouchement. Plusieurs femmes l’utilisent aussi en post-partum , pour soulager les tranchées utérines, les douleurs périnéales ou musculosquelettiques. Dans un contexte où la douleur postnatale peut interférer avec l’établissement de l’allaitement, la récupération physique et l’attachement au nourrisson, proposer des moyens concrets pour y faire face est crucial. (Günaydın et al., 2025) Sécurité, personnalisation et accessibilité Le TENS est une méthode généralement très sécuritaire, à condition de respecter certaines contre-indications (ex. : présence d’un stimulateur cardiaque, cancer actif). L’utilisation est recommandée à partir de 37 semaines pour des raisons de prudence puisque la grossesse est à terme. L’encadrement par un·e professionnel·le de la physiothérapie permet d’ajuster l’intervention à chaque situation, dans une logique de sécurité et de collaboration interdisciplinaire. Sur le plan technique, les appareils de TENS disponibles en pharmacie ou en ligne peuvent sembler similaires à ceux utilisés en contexte professionnel. Mais leur efficacité dépend largement du soutien clinique qui les accompagne. Un TENS mal utilisé, mal positionné ou mal réglé risque de décevoir. À l’inverse, un enseignement structuré, un suivi, et une intégration dans une démarche de préparation à l’accouchement permettent d’en tirer tous les bénéfices. Conclusion L’intégration du TENS dans les soins obstétricaux, particulièrement en début de travail et en post-partum, constitue une piste sérieuse à envisager. Pour les gynécologues et les physiothérapeutes spécialisés en périnatalité, c’est l’occasion de repenser les modalités de soutien à la douleur, en misant sur des approches complémentaires, accessibles, et centrées sur l’expérience vécue de la femme. Ce que nous rappelle l’expérience de terrain, c’est qu’un petit appareil peut parfois devenir un grand levier d’autonomie et de contrôle. Références: · Günaydın, S., Şen, E., Yılmaz, T., & Dinç Kaya, H. (2025). Use of transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) in labor pain: An integrative review. Pain Management Nursing, 26(1), 85–92. https://doi.org/10.1016/j.pmn.2024.10.004 · Njogu, A., Qin, S., Chen, Y., Hu, L., & Luo, Y. (2021). The effects of transcutaneous electrical nerve stimulation during the first stage of labor: A randomized controlled trial. BMC Pregnancy and Childbirth, 21, 164. https://doi.org/10.1186/s12884-021-03625-8 · Thuvarakan, K., Zimmermann, H., Mikkelsen, M. K., & Gazerani, P. (2020). Transcutaneous electrical nerve stimulation as a pain-relieving approach in labor pain: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Neuromodulation: Technology at the Neural Interface, 23(6), 732–746. https://doi.org/10.1111/ner.13221 · Gélinas, M.-A. (2025, mai 26). 76. Mieux gérer la douleur de l’accouchement grâce à l’électrothérapie / avec Marie-Anne Gélinas. Podcast Marche & Saut. https://www.marche-saut.com/podcasts/podcast-marche-saut/episodes/2149029869
par Hélène Lamoureux 3 juin 2025
Imaginez vivre avec une douleur constante. Elle ne vous quitte jamais tout à fait. Parfois sourde, parfois vive, elle colore vos journées et hante vos nuits. Ce mal persistant vous empêche de bouger comme vous le voudriez, de travailler, de dormir, ou simplement de profiter d’un moment calme. Avec le temps, vous devenez plus fatigué, plus irritable, plus replié. Vous vous sentez seul, découragé, parfois même incompris. Et si ce n’était pas juste la douleur… mais tout ce qu’elle entraine autour? Ce scénario, qui est loin d’être rare, reflète le quotidien de nombreuses personnes aux prises avec la douleur chronique. Ce qui est moins souvent reconnu — même dans les milieux de soins — c’est à quel point la santé mentale et la douleur physique s’entrelacent. Elles interagissent, se nourrissent, et parfois, s’entremêlent dans un cercle vicieux difficile à briser. Ce lien entre douleur chronique et troubles de santé mentale comme l’anxiété, la dépression ou le stress post-traumatique est aujourd’hui largement documenté. Pourtant, comme le soulignent Bhatt et ses collègues (2024), « il n’y a souvent aucune reconnaissance explicite du rôle des comorbidités et de la relation bidirectionnelle entre la santé mentale et la douleur. » Les comorbidités désignent la présence simultanée de plusieurs troubles de santé qui peuvent interagir et se renforcer mutuellement. Dans ce cas précis, cela fait référence à la coexistence de la douleur chronique et des troubles mentaux. Cela signifie que, même lorsque les deux problèmes sont présents, ils sont souvent traités séparément, comme s’ils n’étaient pas liés. Et pourtant… La douleur chronique augmente le risque de développer des troubles dépressifs, anxieux ou de sommeil. Une mauvaise santé mentale, elle, peut amplifier la douleur, diminuer la tolérance physique et émotive, et nuire aux traitements. Ensemble, elles peuvent affaiblir la motivation, réduire la mobilité, altérer les relations sociales, et même compromettre le maintien en emploi. Cette combinaison, que l’on peut appeler double fardeau, est bien plus qu’une addition de symptômes : c’est un état de vulnérabilité prolongé qui demande une attention urgente. Une double peine encore trop peu reconnue Cette combinaison de douleur chronique et de détresse psychologique est souvent invisible pour l’entourage — et malheureusement aussi pour les systèmes de soins. Trop souvent, les approches thérapeutiques sont cloisonnées : d’un côté, on traite la douleur physique, de l’autre, les troubles de l’humeur, sans pont entre les deux. Pourtant, les données sont claires : ces problèmes ne sont pas juxtaposés, ils sont interconnectés. Par exemple, les personnes vivant avec un trouble bipolaire ont deux fois plus de risque de souffrir de douleur chronique que la population générale (Nicholl et al., 2014). Ces personnes sont aussi plus à risque d’exclusion sociale et professionnelle. D’ailleurs, les personnes touchées par cette double réalité contribuent à elles seules à des taux plus élevés d’absentéisme (être souvent en arrêt de travail) et de présentéisme (être au travail mais avec une efficacité diminuée). Malgré cela, comme le souligne Bhatt et al., « la douleur n’est pas normalement évaluée chez les personnes ayant des troubles de santé mentale », et l’inverse est aussi vrai : de nombreuses personnes souffrant de douleur chronique vivent avec une détresse psychologique non diagnostiquée, non reconnue… et donc non traitée. Quand la douleur et le stress deviennent nuisibles Mais que se passe-t-il lorsque ces réactions surviennent trop souvent ou persistent ? Au départ, la douleur nous aide à éviter le danger. Mais lorsque la douleur devient chronique, elle perd son rôle protecteur et devient un problème en soi. Imaginez un peu : la douleur qui ne cesse de revenir, même sans raison apparente, finit par envahir notre quotidien. Elle peut entraîner une fatigue intense, des troubles du sommeil, et nuire à notre humeur. Le stress, lui, peut également devenir néfaste. Si un stress aigu peut nous motiver à affronter une situation difficile, un stress prolongé peut perturber notre santé physique et mentale. Il affaiblit notre système immunitaire, provoque de l'anxiété, et peut mener à des problèmes de concentration ou de dépression. Le stress chronique est un véritable piège : il transforme un mécanisme de survie en un fardeau permanent. Quand on ne traite qu’un côté de l’équation En ignorant une des deux dimensions — mentale ou physique —, on risque des échecs thérapeutiques répétés. Un plan d’intervention qui mise uniquement sur l’activité physique, sans tenir compte d’un état dépressif, peut être mal reçu ou difficile à suivre. À l’inverse, une thérapie psychologique qui néglige une douleur persistante et invalidante peut sembler déconnectée de la réalité vécue par la personne. Ce constat peut sembler décourageant, mais il ouvre aussi la voie à des solutions. Des pistes pour sortir du cercle vicieux Briser la spirale entre douleur et santé mentale n’est pas simple, mais c’est possible. Et surtout : ce n’est pas qu’une affaire de volonté individuelle. C’est un défi collectif, clinique et sociétal. Voici quelques leviers concrets qui peuvent faire une réelle différence. 1. Penser en termes d’interactions, pas de compartiments La première étape est de reconnaître explicitement le lien entre douleur et santé mentale. Cela veut dire former les professionnels de la santé à poser les bonnes questions, à aborder les sujets sensibles sans jugement, et à utiliser des outils qui tiennent compte de l’ensemble de la personne. Par exemple, des outils à valeur pronostique qui permettent aux cliniciens en réadaptation d’identifier les facteurs biopsychosociaux qui influencent le rétablissement, y compris l’humeur, la motivation, la peur du mouvement ou le soutien social. (Tousignant-Laflamme et al., 2023) 2. Favoriser les soins intégrés et interdisciplinaires Les soins les plus efficaces sont souvent ceux qui réunissent plusieurs perspectives : la physiothérapie, la psychologie, la médecine, le travail social, etc. Ensemble, ces approches permettent d’intervenir à la fois sur le corps, le vécu émotionnel et le contexte de vie. C’est ce qu’on appelle l’approche biopsychosociale, qui vise à comprendre comment ces trois sphères interagissent chez chaque personne. Elle est particulièrement pertinente pour les gens vivant avec une douleur chronique, car leur situation ne se résume ni à une blessure, ni à un trouble mental isolé. 3. Encourager des stratégies concrètes et accessibles Des interventions simples peuvent avoir un impact significatif sur le bien-être, surtout lorsqu’elles sont accompagnées et personnalisées : Exercice physique graduel et adapté Programmes de conscience corporelle (yoga, Tai Chi, respiration) Activités de relaxation ou de pleine conscience Thérapies cognitivo-comportementales pour mieux gérer la douleur et les émotions Éducation sur la douleur , pour démystifier et reprendre du pouvoir d’agir Ces approches sont encore sous-utilisées, souvent à cause du manque de formation ou de ressources, mais elles sont soutenues par la littérature scientifique. 4. Lutter activement contre la stigmatisation Trop souvent, les personnes vivant avec des douleurs chroniques ou des troubles psychologiques se sentent jugées, ignorées ou banalisées. Cette stigmatisation empêche de demander de l’aide ou d’avoir accès à des soins adéquats. (Roughan et al., 2021) Des campagnes de sensibilisation, des formations pour les intervenants et des témoignages de personnes vivant ces réalités peuvent briser l’isolement et favoriser une culture de soins plus humaine. 5. Reconnaître l’importance des rôles sociaux et du travail Le travail n’est pas qu’un moyen de gagner sa vie : il contribue à l’identité, à l’estime de soi et au lien social. Bhatt et al. rappellent que de bonnes conditions de travail peuvent avoir un effet protecteur sur la santé mentale, même en présence de douleur. Cela suppose de soutenir le retour progressif au travail, d’adapter les tâches si nécessaire, et de valoriser les autres rôles sociaux de la personne (parent, proche aidant, bénévole…). (Bhatt et al., 2024) Un regard plus large, une réponse plus humaine La douleur chronique n’est pas qu’un symptôme physique. Et la détresse psychologique ne se soigne pas uniquement par la parole. Ce sont des réalités complexes, enracinées dans le vécu, le corps, le contexte de vie. Vouloir traiter l’un sans l’autre, c’est risquer d’échouer. Mais reconnaître leur interaction, c’est ouvrir la porte à des soins plus complets, plus justes, plus efficaces. Références: · Bhatt, K., Palomares, A. C., Jutila, L., Rohde, I., Forget, P., & Societal Impact of Pain Platform (SIP). (2024). The pain and mental health comorbidity. Epidemiology and Psychiatric Sciences, 33, e46. https://doi.org/10.1017/S204579602400057X · Nicholl, B. I., Mackay, D., Cullen, B., Martin, D. J., Ul-Haq, Z., Mair, F. S., Evans, J., McIntosh, A. M., Gallagher, J., Roberts, B., Deary, I. J., Pell, J. P., & Smith, D. J. (2014). Chronic multisite pain in major depression and bipolar disorder : Cross-sectional study of 149,611 participants in UK Biobank. BMC Psychiatry, 14, 350. https://doi.org/10.1186/s12888-014-0350-4 · Roughan, W. H., Campos, A. I., García-Marín, L. M., Cuéllar-Partida, G., Lupton, M. K., Hickie, I. B., Medland, S. E., Wray, N. R., Byrne, E. M., Ngo, T. T., Martin, N. G., & Rentería, M. E. (2021). Comorbid Chronic Pain and Depression : Shared Risk Factors and Differential Antidepressant Effectiveness. Frontiers in Psychiatry, 12, 643609. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2021.643609 · Tousignant-Laflamme, Y., Houle, C., Longtin, C., Gérard, T., Lagueux, E., Perreault, K., Beaudry, H., Tétreault, P., Blanchette, M.-A., & Décary, S. (2023). Prognostic factors specific to work-related musculoskeletal disorders : An overview of recent systematic reviews. Musculoskeletal Science and Practice, 66, 102825. https://doi.org/10.1016/j.msksp.2023.102825
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Témoignages

par Annie Bélanger T.Phys., DESS en pratique de la réadaptation 26 septembre 2023
Mon nom est Marie-Pierre Fournier. Je suis technologue en physiothérapie depuis huit ans et propriétaire d’une clinique depuis presque trois ans.