Le TENS en obstétrique : soutenir l’autonomie des patientes tout en s’appuyant sur les données probantes
La douleur du travail est reconnue comme l’une des plus intenses expériences douloureuses vécues au cours de la vie (Zuarez-Easton et al., 2023). Même si l’analgésie péridurale est très efficace, elle ne convient pas à toutes les situations ni à toutes les préférences.
On observe d’ailleurs une évolution claire des attentes. De plus en plus de femmes souhaitent vivre un accouchement où elles peuvent jouer un rôle actif et limiter les interventions médicales, lorsque cela est possible.
Dans ce contexte, les lignes directrices de l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) rappellent que les méthodes non pharmacologiques ne sont associées à aucun effet indésirable pour la mère, le fœtus ou la progression du travail (Bryant Borders, 2019). Le TENS s’inscrit donc naturellement dans cette approche.
Le TENS : une approche simple
Le TENS utilise des courants électriques à faible intensité pour moduler la transmission de la douleur par le biais des mécanismes inhibiteurs du système nerveux central. Concrètement, il agit sur la perception de la douleur sans recourir à des agents pharmacologiques.
En obstétrique, des dispositifs comme le TENS-EVA ont été développés spécifiquement pour la douleur du travail. Leur utilisation est simple et, surtout, ils permettent à la patiente de contrôler elle-même l’intensité de la stimulation, selon ses besoins.
Des données probantes claires, avec des effets mesurables
Les études récentes permettent de mieux comprendre l’impact du TENS en pratique clinique. Une méta-analyse publiée en 2025, incluant 51 essais contrôlés randomisés et plus de 10 000 participantes, montre une diminution moyenne d’environ 2 point sur 10 sur l’échelle visuelle analogique de douleur chez les femmes qui utilisent le TENS, comparativement aux groupes témoins (Hu et al., 2025). Par ailleurs, environ 52 % des patientes rapportent un soulagement significatif de la douleur. Ces résultats vont dans le même sens qu’une revue systématique antérieure, qui montre également une amélioration significative du soulagement de la douleur avec le TENS (Thuvarakan et al., 2020).
Un profil de sécurité rassurant
Sur le plan de la sécurité, les résultats sont très cohérents d’une étude à l’autre. Les données ne montrent pas d’augmentation des effets indésirables chez la mère ou le nouveau-né (Hu et al., 2025 ; Michalska et al., 2025). De plus, l’utilisation du TENS n’est pas associée à une hausse des taux de césarienne, d’accouchement assisté ou d’autres interventions obstétricales (Dowswell et al., 2009 ; Michalska et al., 2025).
Ces éléments sont importants, puisqu’ils indiquent que le TENS peut être intégré en pratique sans modifier le déroulement du travail ni ajouter de risque clinique.
Une acceptabilité élevée chez les patientes
Un autre point intéressant concerne l’expérience des patientes. Environ 63 % des femmes ayant utilisé le TENS indiquent qu’elles choisiraient de l’utiliser à nouveau lors d’un accouchement futur (Dowswell et al., 2009).
Cette acceptabilité élevée s’explique en grande partie par le contrôle que permet l’appareil. Le fait de pouvoir ajuster soi-même l’intensité selon ses besoins contribue au sentiment d’autonomie, un élément clé dans l’expérience globale de l’accouchement.
Quelle place pour le TENS dans les recommandations actuelles
Les lignes directrices de l’American College of Obstetricians and Gynecologists reconnaissent que le TENS peut contribuer à la gestion de la douleur du travail, même si les effets observés sur les scores de douleur varient d’une étude à l’autre (Bryant Borders, 2019). De son côté, la revue Cochrane met davantage l’accent sur le choix de la patiente, en indiquant que les femmes devraient pouvoir utiliser le TENS à tout moment du travail, seul ou en complément d’autres méthodes (Dowswell et al., 2009). Cette position reflète bien l’évolution actuelle vers des soins plus personnalisés et adaptés aux préférences individuelles.
Le TENS prend d’ailleurs tout son sens lorsqu’il est intégré à une approche combinée. Il peut être utilisé avec d’autres interventions, qu’elles soient pharmacologiques ou non pharmacologiques (Bryant Borders, 2019 ; Zuarez-Easton et al., 2023). Cette complémentarité permet d’ajuster la prise en charge en fonction des besoins de chaque patiente, sans rigidité.
Ce que cela change concrètement en pratique
Sur le terrain, l’intégration du TENS permet surtout d’élargir les options offertes. Cela devient particulièrement pertinent lorsque la péridurale n’est pas possible ou simplement non souhaitée. Il s’agit aussi d’un moyen de soutenir une approche moins interventionniste, en limitant le recours aux médicaments tout en préservant la mobilité et la participation active de la patiente pendant le travail.
Les données suggèrent également que le TENS est plus efficace lorsqu’il est utilisé tôt dans le travail. Cela met en évidence l’importance d’en discuter dès la période prénatale, afin que les patientes puissent faire un choix éclairé et se sentir à l’aise avec son utilisation le moment venu.
Conclusion
Le TENS-EVA représente une option non pharmacologique pertinente, soutenue par des données probantes. Son effet sur la douleur est modeste, mais bien réel et observé de façon constante dans les études. À cela s’ajoutent un excellent profil de sécurité et une forte acceptabilité chez les patientes, deux éléments particulièrement importants en contexte obstétrical.
Dans un contexte où la personnalisation des soins et le respect des préférences des patientes prennent de plus en plus de place, le TENS-EVA s’impose comme un outil intéressant à intégrer en pratique. Il permet d’élargir les options disponibles, tout en soutenant une approche centrée sur la patiente et adaptée à la réalité de chaque accouchement.
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Bryant, A. S., Borders, A. E. (2019). Approaches to limit intervention during labor and birth. ACOG Committee Opinion No. 766. American College of Obstetricians and Gynecologists. Obstetrics Gynecology, 133(2), e164-e173.
Dowswell, T., Bedwell, C., Lavender, T., Neilson, J. P. (2009). Transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for pain relief in labour. Cochrane Database of Systematic Reviews, (2), CD007214. https://doi.org/10.1002/14651858.CD007214.pub2
Hu, Z. Y., Tang, J., Li, X. X., Zhang, Y., Wang, L., Chen, Y., Liu, Y., Wang, X. (2025). The efficacy and safety of transcutaneous electrical nerve stimulation for labor analgesia in the first stage of labor: A qualitative and quantitative analysis. Frontiers in Medicine, 13, 1730360. https://doi.org/10.3389/fmed.2026.1730360
Michalska, A., Blazuk-Fortak, A., Gladys-Jakubczyk, A., Wolder, D., Swiercz, G. (2025). The impact of transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) on the consecutive stages of labour and perinatal outcomes—A retrospective cohort study. Journal of Clinical Medicine, 14(10), 3445. https://doi.org/10.3390/jcm14103445
Thuvarakan, K., Zimmermann, H., Mikkelsen, M. K., Gazerani, P. (2020). Transcutaneous electrical nerve stimulation as a pain-relieving approach in labor pain: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Neuromodulation: Journal of the International Neuromodulation Society, 23(6), 732-746. https://doi.org/10.1111/ner.13221
Zuarez-Easton, S., Erez, O., Zafran, N., Carmeli, S., Garmi, G., Salim, R. (2023). Pharmacologic and nonpharmacologic options for pain relief during labor: An expert review. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 228(5S), S1246-S1259. https://doi.org/10.1016/j.ajog.2023.03.003
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