Douleur menstruelle : et si le TENS devenait une option de première intention?
Une option de première ligne simple, sécuritaire et fondée sur les données probantes
La souffrance liée aux menstruations, communément appelée « dysménorrhée primaire », est l’une des causes les plus courantes de douleur dans la région pelvienne chez les adolescentes et les femmes en âge de procréer. Elle se manifeste par des douleurs semblables à celles des et peuvent persister de plusieurs heures à quelques jours au début des menstruations. Bien qu’elle soit souvent perçue comme un phénomène physiologique normal, la dysménorrhée primaire est associée à des répercussions fonctionnelles importantes, incluant une diminution de la participation aux activités quotidiennes, une baisse de la productivité au travail, absentéisme à l’école et une altération de la qualité de vie (Arik et coll., 2022; González-Mena et coll., 2024).
En ce qui concerne le traitement médicamenteux de la dysménorrhée primaire, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les traitements hormonaux sont encore très répandus. Cependant, plusieurs chercheurs mettent en évidence des préoccupations quant à l’efficacité optimale de ces médicaments en raison de leurs effets secondaires potentiels ou de certaines contre-indications chez certaines patientes (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020 ; Han et coll., 2024). Ces limites médicales alimentent l’engouement pour des approches non pharmacologiques, abordables et sûres, dont la stimulation électrique transcutanée des nerfs, également connue sous le nom de TENS, gagne progressivement en notoriété.
Le TENS comme option de première ligne en dysménorrhée primaire
Le TENS est une modalité non invasive qui consiste à appliquer des courants électriques de faible intensité à travers des électrodes placées sur la peau, généralement au niveau abdominal ou lombaire. Cette intervention se distingue par sa simplicité d’utilisation, son faible coût et sa possibilité d’autoadministration, permettant aux patientes de poursuivre leurs activités quotidiennes pendant les épisodes douloureux (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020).
Les données probantes actuelles soutiennent l’efficacité du TENS dans la réduction de la douleur associée à la dysménorrhée primaire. Une analyse de la littérature a révélé que le TENS est plus efficace qu’un placebo pour soulager la douleur menstruelle (Arik et coll., 2022). Cette méta-analyse a compilé les résultats de plusieurs essais contrôlés randomisés. Selon la dernière revue systématique Cochrane, le TENS, que ce soit à haute ou à basse fréquence, pourrait diminuer la douleur par rapport à un placebo ou à l’absence de traitement, mais avec un niveau de confiance modéré en raison de certaines limites méthodologiques (Han et coll., 2024).
Outre la réduction de la douleur, certaines recherches ont mis en évidence une baisse de la consommation d’analgésiques et une amélioration de la capacité à poursuivre les activités quotidiennes pendant les règles. Ces résultats sont importants pour la gestion globale de la dysménorrhée primaire (Camilo et coll., 2023 ; Han et coll., 2024).
Mécanismes d’action du TENS dans la douleur menstruelle
La dysménorrhée primaire est principalement causée par une production excessive de prostaglandines, entraînant une hypercontractilité utérine, une vasoconstriction locale et une ischémie transitoire du myomètre. Ces mécanismes contribuent à l’apparition de crampes douloureuses et à l’accroissement de la sensibilité à la douleur pendant les menstruations (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020 ; González-Mena et coll., 2024).
Le TENS agit sur la douleur menstruelle par plusieurs mécanismes complémentaires. Selon la théorie du portillon, la stimulation des fibres afférentes de gros calibre inhibe la transmission des influx nociceptifs au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière, réduisant ainsi la perception de la douleur (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020). Par ailleurs, le TENS favorise la libération d’opioïdes endogènes, tels que les endorphines et les enképhalines, contribuant à une modulation centrale de la douleur (Han et coll., 2024).
On a également émis l’hypothèse que le TENS pourrait entraîner des effets bénéfiques indirects, tels qu’une augmentation de la circulation locale et une diminution de l’ischémie utérine. Ces mécanismes sont en accord avec la physiopathologie de la dysménorrhée primaire, ce qui renforce l’intérêt du TENS en tant qu’approche visant spécifiquement les mécanismes sous-jacents à la douleur menstruelle (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020).
Sécurité du TENS
La sécurité d’emploi du TENS est bien documentée dans la littérature. Les études cliniques ainsi que les synthèses exhaustives révèlent un faible nombre d’effets secondaires, qui sont habituellement bénins et temporaires, tels qu’une légère rougeur cutanée au niveau des électrodes (Han et coll., 2024). Aucune complication grave n’a été rapportée lorsque les contre-indications usuelles sont respectées.
Le caractère non pharmacologique du TENS représente un avantage clinique majeur, en particulier chez les patientes qui tolèrent mal les traitements médicamenteux ou qui désirent limiter leur consommation d’analgésiques. De plus, le TENS peut être utilisé en toute sécurité tout au long des cycles menstruels, sans craindre de développer une dépendance ou de subir des interactions médicamenteuses connues (Elboim-Gabyzon & Kalichman, 2020).
Normaliser l’utilisation du TENS
Bien que des preuves de plus en plus solides soient disponibles, le TENS est encore sous-utilisé dans le traitement de la dysménorrhée primaire. Cette situation est en partie due à la banalisation persistante de la douleur menstruelle et à la priorité historique accordée aux approches pharmacologiques. Normaliser l’utilisation du TENS implique de reconnaître la dysménorrhée primaire comme une condition douloureuse légitime nécessitant des stratégies de gestion de douleur adaptées, accessibles et centrées sur la patiente.
Pour les professionnels de la santé, intégrer le TENS comme option de première ligne permet d’offrir une intervention favorisant l’autonomie, le maintien des activités et une approche multimodale de la douleur. Le TENS peut être proposé seul ou en combinaison avec d’autres interventions non pharmacologiques, comme l’exercice thérapeutique, la thermothérapie ou l’éducation à la douleur, dans une perspective de soins individualisés et fondés sur les données probantes (González-Mena et coll., 2024 ; Mendes et al., 2024).
Conclusion
Le TENS représente une option de gestion de la douleur simple, sécuritaire et efficace pour la dysménorrhée primaire. Les données actuelles suggèrent qu’il serait bénéfique de commencer à l’utiliser dès le début des symptômes, surtout chez les femmes qui cherchent à poursuivre leurs activités quotidiennes tout en minimisant leur dépendance aux médicaments. En normalisant son usage les professionnels de la santé disposent d’un outil concret pour améliorer la prise en charge de la douleur menstruelle et contribuer à une meilleure qualité de vie des personnes concernées.
Références
Arik, M. I., Kiloatar, H., Aslan, B., & Icelli, M. (2022). The effect of TENS for pain relief in women with primary dysmenorrhea: A systematic review and meta-analysis. Explore, 18(2), 108–113. https://doi.org/10.1016/j.explore.2020.08.005
Camilo, F. M., Bossini, P. S., Driusso, P., Ávila, M. A., Parizotto, N. A., Sousa, U. R., & Ramos, R. R. (2023). The effects of electrode placement on analgesia using transcutaneous electrical nerve stimulation for primary dysmenorrhea: A single-blind randomized controlled clinical trial. Cureus, 15(5), e39326. https://doi.org/10.7759/cureus.39326
Elboim-Gabyzon, M., & Kalichman, L. (2020). Transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for primary dysmenorrhea: An overview. International Journal of Women’s Health, 12, 1–10. https://doi.org/10.2147/IJWH.S220523
González-Mena, Á., Leirós-Rodríguez, R., & Hernández-Lucas, P. (2024). Treatment of women with primary dysmenorrhea with manual therapy and electrotherapy techniques: A systematic review and meta-analysis. Physical Therapy. https://doi.org/10.1093/ptj/pzae019
Han, S., Park, K. S., Lee, H., Kim, E., Zhu, X., Lee, J. M., & Suh, H. S. (2024). Transcutaneous electrical nerve stimulation (TENS) for pain control in women with primary dysmenorrhoea. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2024(7), CD013331. https://doi.org/10.1002/14651858.CD013331.pub2
Mendes, C. F., Oliveira, L. S., Garcez, P. A., Azevedo-Santos, I. F., & DeSantana, J. M. (2024). Effect of different electric stimulation modalities on pain and functionality of patients with pelvic pain: A systematic review with meta-analysis. Pain Practice.
https://doi.org/10.1111/papr.13417
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